Alberta: un rapport sur la COVID-19 recommandé à des fins partisanes par son auteur

Dean Bennett, La Presse Canadienne
Alberta: un rapport sur la COVID-19 recommandé à des fins partisanes par son auteur

EDMONTON — Le président d’un comité financé par les contribuables examinant la gestion de l’Alberta à la pandémie de COVID-19 exhorte les conservateurs fédéraux à utiliser ses conclusions comme une arme lors des prochaines élections contre la coalition gouvernementale du premier ministre Justin Trudeau.

Preston Manning, l’ancien chef du Parti réformiste, a fait cette déclaration la semaine dernière dans un courriel envoyé aux députés conservateurs, le jour même de la publication du rapport du panel qu’il présidait.

Le courriel commence par les salutations « Chers amis du PCC », mais la liste des destinataires comprenait le député libéral de Calgary, George Chahal, qui a publié la missive sur les réseaux sociaux lundi.

Dans le courriel daté du 15 novembre, M. Manning écrit : «Si la réponse de la coalition libérale/NPD à la crise de la COVID-19 de 2020 à 2023 devait devenir un enjeu électoral en 2024, il pourrait y avoir des éléments dans ce rapport qui pourraient être utilisés par le PCC pour dire « ce qui aurait dû être fait pour faire face à la crise de la COVID-19 et ce qui devrait être fait pour faire face aux futures urgences publiques »».

«Une partie de son contenu pourrait également être utile pour attaquer le bilan de la coalition libérale/NPD dans ce domaine», a-t-il ajouté.

Dans le courriel, M. Manning félicite également les conservateurs fédéraux pour leur récente hausse en popularité dans les sondages, ajoutant «avec un peu de chance et un peu de travail acharné, vous devriez être au gouvernement l’année prochaine».

M. Manning a également encouragé une «relation pratique plus étroite» entre les conservateurs unis de la première ministre Danielle Smith et les conservateurs fédéraux afin de promouvoir des intérêts communs, ajoutant que «tout le monde en profite, en particulier l’Alberta».

Une distinction à faire, selon Manning

Dans une déclaration lundi, M. Manning a fait une distinction entre son temps passé au sein du panel et en dehors.

«Le Comité d’examen de la gouvernance des urgences de santé publique était un comité non partisan chargé de fournir des conseils au gouvernement de l’Alberta afin d’améliorer la réponse de l’Alberta aux futures urgences de santé publique », a écrit M. Manning.

«Une fois notre travail terminé, j’ai contacté les politiciens via mon adresse de courriel électronique personnelle pour les encourager à revoir nos recommandations», a-t-il nuancé.

Danielle Smith, interrogée sur le courriel lors d’une conférence de presse sans lien avec ce dossier, a déclaré qu’elle était d’accord avec cela.

Mme Smith a noté que le courriel avait été envoyé à partir d’une adresse courriel n’appartenant pas au panel et a affirmé que plus il y aurait de personnes qui verraient les conclusions du rapport, mieux ce serait.

«Si je comprends bien, (M. Manning) a envoyé cela à partir de son courrier électronique personnel, vous pouvez donc lui poser des questions à ce sujet», a déclaré Mme Smith. 

«Nous avions donné à M. Manning la latitude de pouvoir faire sa propre couverture médiatique sur (le rapport et) faire savoir aux gens qu’il était disponible, a ajouté la première ministre. Cela ne me surprend pas qu’il souhaite voir d’autres hommes politiques examiner les recommandations, les prendre au sérieux et voir s’ils y donneraient suite. Je n’ai aucun problème à ce qu’il prenne les mesures qu’il a prises en tant que président indépendant de ce comité.»

Critiques

Le comité de M. Manning, qui disposait d’un budget de 2 millions $, a été chargé par Mme Smith de formuler des recommandations sur la manière dont les lois, les règlements et les organigrammes pourraient être modifiés pour aider l’Alberta à mieux se préparer à une future pandémie telle que celle de la COVID-19.

M. Manning, un critique virulent des restrictions liées à la COVID affectant les droits et libertés, a publié un rapport concluant que l’Alberta doit concentrer la prise de décisions au sein du cabinet, adopter des théories scientifiques alternatives et faire davantage pour protéger les libertés individuelles lors des crises futures.

Ses commentaires concordaient avec ceux de Mme Smith lors de la pandémie de COVID-19, lorsqu’elle aussi avait publiquement remis en question l’efficacité des règles et des restrictions de rassemblement, en particulier par rapport au potentiel de dommages à long terme sur le bien-être mental et physique.

Mme Smith avait alors remis en question l’approche scientifique dominante de la pandémie et avait approuvé des traitements contre la COVID-19 tels que l’ivermectine et l’hydroxychloroquine, un vermifuge pour chevaux.

Lundi, lors de la période des questions, la chef de l’opposition néo-démocrate, Rachel Notley, a demandé à Mme Smith si les Albertains devaient s’attendre à ce que la prochaine pandémie soit combattue avec des médicaments marginaux, compte tenu des convictions de la première ministre et du rapport de M. Manning.

« Est-ce que (Smith) croit toujours que le vermifuge pour chevaux est un traitement valable contre la COVID ? Et envisage-t-elle de faire des recommandations similaires comme traitement pour de futures urgences sanitaires ?», a dit Mme Notley.

Mme Smith n’a pas répondu directement, mais a déclaré que l’objectif principal du rapport de M. Manning était d’examiner tous les impacts des décisions en matière de santé et a déclaré que son gouvernement le ferait.

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