Les maraîchers disent profiter de l’achat local

Par Stéphanie MacFarlane
Les maraîchers disent profiter de l’achat local
L’achalandage du Marché public du Vieux-Saint-Jean a diminué d’environ 20 % cette année en raison de la COVID-19, mais les maraîchers notent que les personnes qui s’y présentent viennent pour acheter des produits locaux. (Photo : Le Canada Français - Julien Saguez)

Malgré une baisse d’achalandage, l’engouement pour l’achat local se fait sentir cette année au Marché public du Vieux-Saint-Jean. De quoi faire plaisir aux producteurs maraîchers qui craignaient de ne pas voir la clientèle être au rendez-vous en raison de la COVID-19. Dame Nature et le manque de main-d’oeuvre jouent toutefois les trouble-fêtes dans les champs.

«Il y a eu une petite baisse de fréquentation, mais on s’attendait à pire. Il ne faut pas le cacher», souligne Michel Meunier, agriculteur et président du Marché public du Vieux-Saint-Jean.

Ce dernier évalue à environ 20 % la diminution de l’achalandage. «Mais les gens qui viennent sont des acheteurs. Ils repartent avec des sacs, ce qui est très important. On n’a aucun kiosque à louer. Les marchands semblent tous très reux», poursuit M. Meunier.

Denise Chouinard, propriétaire des Jardins de Julie et Julien, une entreprise maraîchère située à Saint-Michel-de-Napierville, observe aussi qu’il y a moins de gens qui fréquentent le Marché public du Vieux-Saint-Jean. «Avant, les gens venaient en famille. Il y avait aussi de l’animation. Cette année, c’est moins animé.

Les personnes qui fréquentent le marché viennent parce qu’elles en ont besoin», dit Mme Chouinard. Elle relève toutefois que les différentes campagnes favorisant l’achat local et la consommation de produits québécois ont des effets positifs.

Même constat de Marie-Josée Forget, copropriétaire avec sa mère Sylvie Turcotte de la ferme Terre-Mère, de Saint-Jean-sur-Richelieu. «Les gens sont là, mais la clientèle est différente. Cette année, on a eu plus d’inscriptions aux paniers de légumes hebdomadaires, alors peut-être qu’on les sert différemment. On était incertaines en début de saison, mais tout va bien», poursuit Mme Forget. Elle rappelle qu’au printemps, il y avait un climat d’insécurité par rapport à l’approvisionnement, ce qui a eu des répercussions positives pour l’achat local.

Météo

Les Jardins de Julie et Julien sont présents au Marché public du Vieux-Saint-Jean les mercredis et les samedis. On reconnaîtra la propriétaire Denise Chouinard.

Outre la COVID-19, la succession de canicules jumelée à l’absence de précipitations ont donné bien des maux de tête aux maraîchers. «Depuis environ trois semaines, c’est beaucoup mieux, relate Michel Meunier. La maturité est là, mais la croissance est plus lente. Les produits sont plus petits.» Aux jardins de Julie et Julien, le besoin en eau se fait sentir, même si les champs sont irrigués. «Nos bassins ne fournissent pas. On doit faire venir des camions-citernes. Les légumes ont manqué beaucoup d’eau. À Saint-Jean, il y a eu beaucoup de pluie dernièrement, mais pas à Saint-Michel. Peut-être que la saison sera écourtée», souligne Denise Chouinard.

Marie-Josée Forget est d’avis que les culteurs devront s’habituer aux températures connues en 2020. En ce sens, la ferme Terre-Mère souhaite automatiser l’irrigation de ses planches de culture l’an prochain. Actuellement, le système doit être actionné manuellement, ce qui implique une gestion d’alarmes et des déplacements fréquents.

Prix
Le prix de certains légumes est plus élevé cette année, mais pas nécessairement à cause de la météo. «Tout est plus cher. C’est la main-d’oeuvre qui est rare. On n’a pas eu le nombre de travailleurs qu’on espérait, mais on se débrouille avec ceux qu’on a», indique Michel Meunier. Cela a pour effets que les légumes ne sont pas récoltés à temps. M. Meunier estime à 25 % ses pertes dans le maïs sucré.

Il cite aussi en exemple le cas des fraises. Celles de l’île d’Orléans sont beaucoup plus chères. «En temps normal, le crate se vend de 22 $à 30 $. Cette année, c’est de 34$à 44 $. On ne fait aucun profit. Et les nôtres, les cueillir est une problématique. Environ la moitié est restée dans le champ. Il n’y avait pas de cueilleurs. La main-d’oeuvre est absente.» À la ferme R. Pinsonneault & Fils, située à Saint-Michel-de-Napierville, qui cultive 900 acres de pommes de terre, des pertes sont aussi à prévoir en raison du manque de travailleurs étrangers.

Enfin, à la ferme Terre-Mère, qui cultive des légumes biologiques de façon bio-intensive sur une superficie de 0,8 hectare, l’impact financier est différent. «Tout ce qu’on plante est important. Nos prix sont décidés d’avance. On absorbe les pertes, mais aussi les bénéfices», lance Mme Forget. Là où elle se questionne, c’est au niveau de la disponibilité et du prix des semences l’an prochain.

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