Violence conjugale: baisse des interventions à la Maison Hina

Par Marie-Pier Gagnon
Violence conjugale: baisse des interventions à la Maison Hina
Le téléphone sonne moins à la Maison Hina depuis le début du confinement, une situation qui inquiète les intervenantes. (Photo : Le Canada Français - Archives)

Le téléphone a cessé de sonner à la Maison Hina, lieu d’hébergement pour les femmes et enfants victimes de violence conjugale dans le Haut-Richelieu. Une situation anormale, observée depuis le début de la pandémie, et qui fait craindre une explosion de la demande lorsque le déconfinement aura lieu.

La Maison Hina dispose de sept chambres pouvant accueillir autant de femmes victimes de violence conjugale ainsi que leurs enfants. À l’image des membres de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, son taux d’occupation frôle habituellement les 100% à l’année. Pourtant, depuis le début de la pandémie, les lits se vident et en date du 24 avril, une seule pensionnaire y logeait.

«La demande est grandement à la baisse. On est très inquiète pour les femmes. On sait bien que c’est impossible que notre maison soit aussi vide. La violence n’a pas arrêté le 13 mars», mentionne la coordonnatrice de l’endroit, Nathalie Villeneuve. Une combinaison de facteurs semble expliquer ce silence soudain. Présence constante du conjoint violent et peur de la Covid-19 en font partie.

Explosion à venir

«Avec le confinement, les femmes ne peuvent pas attendre que leur mari quitte la maison pour partir. Elles doivent faire appel aux policiers et généralement, elles ne veulent pas faire de vague. Elles se disent qu’en restant à la maison, les enfants auront accès à plus de choses comme d’aller jouer dans la cour», explique Mme Villeneuve qui précise que les pensionnaires de la Maison Hina se doivent de respecter des mesures de quarantaine strictes.

«Quand le confinement va être un peu allégé, on pense que ça va exploser. Les femmes vont avoir attendu au maximum», anticipe la coordonnatrice. Dès les premières annonces d’une remise en marche partielle de l’économie, le téléphone a d’ailleurs recommencé à sonner. Quelques appels ici et là de femmes, mais aussi beaucoup d’appels des familles qui s’inquiètent et se demandent quoi faire pour aider leur proche.

À cet effet, le mot d’ordre demeure la vigilance. «Est-ce que j’ai l’impression qu’elle est encore plus isolée? Si ça fait plusieurs jours qu’on est sans nouvelle, on peut demander aux policiers d’aller vérifier. Il faut continuer de forcer les contacts», explique Nathalie Villeneuve. Et parfois cela signifie d’user de créativité comme d’aller porter un pain sur le balcon de notre amie, sœur ou fille le temps d’un bref sourire rassurant.

Toujours là pour aider

«On continue d’être là pour les aider», rappelle Mme Villeneuve tout en soulignant que ce message doit être véhiculé. D’ailleurs, bien que la Maison Hina soit presque vide, les intervenantes demeurent tout aussi occupées. Les interventions téléphoniques, moins nombreuses, durent plus longtemps que par le passé. L’équipe se prépare également à répondre à la forte demande «post-confinement» en mettant en place divers scénarios. Les femmes qui ont ou auront besoin d’aide dans les prochaines semaines ne seront pas laissées à elles-mêmes assure Mme Villeneuve.

Rappelons en terminant que le gouvernement du Québec a suspendu temporairement, en date du 11 avril, les droits de garde ou d’accès d’un parent lorsque le parent qui a la garde de l’enfant réside dans une maison d’hébergement pour personnes victimes de violence conjugale qui impose des mesures d’isolement aux personnes qu’elle accueille.

Pour obtenir de l’aide, peu importe la journée ou l’heure, téléphonez au 450 346-1645.

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