Les entreprises sont aussi durement affectées par la flambée du prix de l’essence

Par Stéphanie MacFarlane
Les entreprises sont aussi durement affectées par la flambée du prix de l’essence
(Photo : Archives)

Depuis le début de l’année 2022, le prix de l’essence ordinaire a augmenté de 21% et celui du diesel de 31,5%. Cela n’affecte pas que les automobilistes. Pour les entreprises dont le carburant est l’un des principaux intrants, les hausses se traduisent par des dépenses supplémentaires de plusieurs milliers de dollars. Certaines transfèrent le coût additionnel à leur clientèle, mais d’autres grugent directement dans leur rentabilité.

Un mécanisme d’ajustement de prix est en place depuis une vingtaine d’années chez Transport Bourassa. Chaque semaine, la surcharge, basée sur un indice de référence sur le prix du vrac à Montréal, est ajustée. «Elle a été mise en place pour protéger les compagnies de transport contre la volatilité», explique Jean Bourassa, propriétaire de Transport Bourassa.

Depuis le 1er janvier 2022, cette surcharge a augmenté de 22%. «C’est un coût majeur et ça affecte nos clients. Ils essaient de maximiser. Ce qui coûte plus cher, c’est d’envoyer une palette à la fois. C’est moins dispendieux de remplir une remorque à la livre, mais je n’ai pas senti de changement dernièrement. Tout le monde essaie tout le temps de réduire les coûts de transport en mettant plus de volume», mentionne Jean Bourassa.

Samuel et Jean-Sébastien Benny ont opté pour une flotte de véhicules hybrides pour diminuer l’impact de la hausse du prix du carburant.

Nouveauté
Daniel Gagnon, copropriétaire de Livraison Primus, indique avoir dû récemment instaurer une telle prime de carburant pour pallier la hausse. «Ça nous force à nous ajuster. Avant, on avait un prix fixe, mais on ne peut pas changer nos prix chaque mois», expose M. Gagnon. Il souligne que sa clientèle est compréhensive. «La hausse du prix de l’essence est tellement évidente», lance-t-il.

Les coûts excédentaires liés au carburant dépendent du type de véhicules. «Pour une Yaris, c’est 10% de plus qu’en septembre et pour un camion, c’est environ 18%», informe Daniel Gagnon. Livraison Primus a une flotte de 28 véhicules composée de voitures compactes, de camions cubes de 12 à 26 pieds, de fourgonnettes et de camions plateforme.

Voitures hybrides
Samuel Benny, directeur général du Groupe Montérégie Est de Benny & Co et copropriétaire de sept franchises, dont celles de Saint-Jean et Saint-Luc, souligne que son entreprise a opté pour des véhicules hybrides il y a six ans. S’ils sont plus chers à l’achat de 30 à 35%, ils ont permis de diminuer la consommation d’essence d’environ 30%. «Le but premier était de se protéger d’une fluctuation du coût de l’essence. On ne peut pas hausser ou baisser les prix de livraison aux deux mois», dit Samuel Benny. La question environnementale a aussi pesé dans la balance.

Cela n’empêche toutefois pas l’entreprise de ressentir l’augmentation du prix de l’essence. «Pour l’instant, on l’absorbe et on regarde ce qu’il se passe. Si ça se maintient, il faudra regarder comment on l’inclut dans nos prix. On doit aussi voir ce que le client est capable de prendre. Ce n’est pas juste l’essence qui augmente ces temps-ci, c’est pas mal tout», poursuit Samuel Benny.

La flotte des restaurants Benny & Co de Saint-Jean et de Saint-Luc compte 22 voitures. Bon an, mal an, elles consomment 65 000$ d’essence. «Ça fait une réelle différence. Si l’essence augmente de 30%, ça peut nous coûter 20 000$ de plus. Il existe ce coût réel», observe-t-il.

Daniel Gagnon, de Livraison Primus, a récemment instauré une prime liée au carburant.

Autobus
Le transporteur Transdev, qui dessert notamment le réseau de transport en commun de Saint-Jean-sur-Richelieu, est aux premières loges des hausses du prix du carburant. Dans le cadre de certaines ententes, une surcharge peut être ajoutée, mais elle ne comble pas tout. «C’est un petit pourcentage qui n’équivaut pas à l’augmentation du prix du carburant», résume Marie-Céline Bourgault, directrice des communications et affaires publiques chez Transdev.

L’entreprise gruge donc dans sa rentabilité. «Il n’y a pas de marge financière. Les employés sont payés, le service est offert et les autobus sont entretenus. On met du carburant. C’est ça pour l’instant», poursuit Mme Bourgault.

L’augmentation des frais peut avoir atteint jusqu’à 20% depuis décembre. «Ça occasionne des coûts importants pour l’organisation», enchaîne-t-elle. À Saint-Jean, Transdev compte environ 105 autobus fonctionnant au carburant et 15 autobus scolaires électriques. Si les prix actuels se maintiennent ou s’ils augmentent encore, il est possible que Transdev amorce des discussions avec ses partenaires pour partager les coûts.

Et l’électrification?
Pour certaines entreprises, l’électrification de la flotte pourrait être une solution. Mais des défis demeurent, notamment au niveau de l’autonomie de la batterie, de la disponibilité et du coût d’acquisition plus élevé qu’un véhicule conventionnel.

Le Canada Français a tenté d’obtenir les commentaires de Taxi St-Jean, mais il n’a pas été possible de s’entretenir avec son dirigeant.

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