Enfants violents en classe : des professeures de première année refusent d’enseigner 

Par mlabrie
Enfants violents en classe : des professeures de première année refusent d’enseigner 
Depuis le début de l'année scolaire, pas moins de 50 événements violents ont été signalés à la direction pour ces deux groupes de l'école Saint-Lucien. (Photo : (Photo Le Canada Français - Jessyca Viens-Gaboriau))

Coups de pied, crachats, insultes, chaises lancées, menaces de mort… Un mois à peine après la rentrée scolaire, des enseignantes de première année de l’école primaire Saint-Lucien, à Saint-Jean-sur-Richelieu, ont refusé d’enseigner et sont sorties de leur classe vendredi dernier. Elles n’en pouvaient plus des enfants manifestant des gestes de violence.

Deux professeures responsables de 40 enfants de six et sept ans répartis en deux groupes ont exercé leur droit de refus prévu par la Loi sur la santé et la sécurité du travail, jugeant que leur situation était intenable. Une troisième enseignante travaillant à temps partiel s’est aussi ralliée aux deux autres. Au total, 14 petits seraient plus turbulents ou perturbants. Depuis le début de l’année scolaire, pas moins de 50 événements violents ont été signalés à la direction pour ces deux groupes.

Le 29 septembre, la détresse des enseignantes a augmenté. Elles se sont tournées vers la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), qui est intervenue afin de faire une analyse de la situation. Une technicienne en éducation spécialisée et une aide à la classe ont pris la relève pour permettre aux élèves de terminer leur dernier jour de semaine.

Le premier vice-président du Syndicat de l’enseignement du Haut-Richelieu, Carl Tremblay, croit que cette situation, soit le départ simultané de deux enseignantes de première année dans une même école primaire, est sans doute une première au Québec.

« Il arrive que des classes soient suspendues, mais deux dans la même école pour les mêmes raisons, soit des gestes de violence, à ma connaissance, je n’ai jamais vu cela. Ce qui frappe l’imaginaire, c’est que ce sont des enfants de première année », dit-il.

Discipline

M. Tremblay ajoute qu’un travailleur peut exercer son droit de refus s’il trouve que son emploi est dangereux. La CNESST a fermé les classes après qu’un inspecteur se soit rendu sur place pour rencontrer les enseignants et les directions de l’école et du centre de services. «L’année scolaire vient de débuter, mais les professeures sont déjà à bout. Elles n’ont pas le temps d’enseigner, car elles doivent faire de la discipline», mentionne M. Tremblay.

L’ordre d’interruption de service éducatif a finalement été levé dimanche, après que la CNESST eut approuvé le plan d’action proposé par le Centre de services scolaire des Hautes-Rivières (CSSDHR). Les enfants des deux classes ont pu retourner à l’école lundi matin, en présence de suppléants, puisque les professeures attitrées étaient en formation. Ces dernières seront désormais assistées dans chacune de leur classe par deux autres personnes, soit des aides à la classe et des techniciennes en éducation spécialisée.

« Le CSSDHR a travaillé fort durant la fin de semaine pour présenter un plan visant à accompagner le personnel et assurer que la sécurité ne soit pas compromise. L’aménagement physique des lieux a aussi été revu, notamment par le retrait de certains objets qui pouvaient être lancés aux enseignantes. Le travail n’est pas terminé, mais pour l’instant, l’intervention du Centre de services scolaire est satisfaisante », mentionne M. Tremblay.

Au moment d’écrire ces lignes, la CNESST n’avait pas répondu à nos appels.

Préoccupant

Le CSSDHR prend la situation à l’école Saint-Lucien très au sérieux, affirme sa directrice Marie-Claude Huberdeau. C’est pourquoi la direction a travaillé sur un plan d’action précis le week-end dernier pour rassurer le personnel et préserver les services éducatifs des écoliers de Saint-Lucien.

Le Centre de services scolaire était au courant des gestes de violence des enfants envers les enseignantes. L’intervention de la CNESST est venue accélérer le processus pour accompagner les enfants et le personnel.

« Des cas de violence, malheureusement, se produisent dans nos écoles, mais on les gère. Mais d’en avoir un grand nombre, avec une aussi grande fréquence et intensité, c’est préoccupant. Il y aura un suivi à faire », mentionne Mme Huberdeau, ajoutant n’avoir jamais conjugué avec une telle situation depuis son entrée en poste en 2022.

Suivi

Cette dernière assure que la directrice de l’école a communiqué en début d’année avec les services d’adaptation scolaire et les ressources humaines du CSSDHR pour signaler qu’un plus grand nombre d’enfants pourrait avoir besoin d’aide complémentaire.

« Il y avait déjà un trop-plein pour les enseignantes. À la suite du contexte de vendredi dernier, nous avons intensifié notre planification pour nous réajuster rapidement afin d’apaiser les élèves et rassurer le personnel. Le message qui nous a été lancé est que la situation n’était plus tenable. Nous avons donc mis le pied sur l’accélérateur pour enclencher notre plan d’action plus tôt que prévu », explique Mme Huberdeau.

Les enseignantes suivaient d’ailleurs lundi et mardi une formation sur les interventions thérapeutiques lors de conduites agressives. Cette formation avait d’abord été prévue pour le 10 octobre, mais elle a été devancée. La formation leur avait d’abord été refusée, souligne Ysabel Racine, secrétaire générale et agente d’information du Syndicat de l’enseignement du Haut-Richelieu. « Il semble avoir eu un manque de communication. S’il y avait un plan de dressement, il devait être top secret, car les enseignantes n’étaient pas au courant », ajoute-t-elle.

Parents

Mme Huberdeau souligne que le CSSDHR s’assure de contacter les parents lorsque leurs enfants posent des gestes agressifs ou violents. « Derrière chaque manifestation de violence se cache une situation de souffrance. Ce sont des enfants vulnérables, qui n’ont peut-être pas tous les outils pour gérer leurs réactions. Ils sont en première année et ils vivent beaucoup de changements. Il faut leur permettre d’apprendre et leur donner du soutien », explique-t-elle. 

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Michel Carignan
Michel Carignan
8 mois

Il y a des limites à ces menaces vis a vis les profs. Quelqu’un doit mettre ses culottes. Si ces enfants roi ne veulent pas respecter les règlements, qu’on les retournent chez eux.

Linda Element
Linda Element
7 mois

Les enfants devraient être retourné à la maison quand ils sont violent et quand les parents pourront les élever comme du monde l’école pourront les reprendre