McGill suspend les négociations et brandit les mesures disciplinaires

Maura Forrest, La Presse Canadienne
McGill suspend les négociations et brandit les mesures disciplinaires

MONTRÉAL — L’Université McGill a annoncé mardi qu’elle mettait fin aux négociations avec les organisateurs du campement propalestinien installé depuis près de deux mois sur les terrains de son campus au centre-ville de Montréal.

L’université prévoit maintenant, par ailleurs, des mesures disciplinaires à l’encontre des participants au campement. Les manifestants accusent toutefois l’université de tenter de les museler et affirment qu’ils ne reculeront pas.

«Malgré nos tentatives renouvelées pour discuter de bonne foi, les représentants du campement ont maintenu que leurs demandes ne feraient pas l’objet de négociations, tout en accusant l’Université de ne pas vouloir engager de véritable dialogue», écrit dans un communiqué mardi le recteur et vice-chancelier de McGill, Deep Saini.

«Comme il apparaît évident que les pourparlers sont dans une impasse, nous les suspendons.»

Les organisateurs du campement propalestinien avaient rejeté la semaine dernière plus récente offre de McGill. L’université proposait alors d’explorer le désinvestissement dans les entreprises de fabrication d’armes, de divulguer davantage d’investissements pour inclure des actifs inférieurs à 500 000 $, et de soutenir financièrement des étudiants et des universitaires touchés par la crise au Moyen-Orient.

Qualifiant ces propositions de «risibles», les manifestants ont déclaré qu’ils ne partiraient pas tant que l’université n’aurait pas mis fin à ses investissements liés à l’armée israélienne et rompu ses liens avec les institutions israéliennes.

Mardi, la porte-parole du campement et étudiante de McGill, Rama Al Malah, a déclaré que les organisateurs avaient contacté McGill vendredi dernier pour demander une réunion et n’avaient obtenu aucune réponse. Elle soutient que c’est l’université qui est le «partenaire réticent» dans ces négociations.

«Nous ne serons pas réduits au silence et on ne nous délogera pas», a-t-elle déclaré aux journalistes lors d’une conférence de presse. «Nos exigences ont été clairement exprimées. Nous exigeons des mesures concrètes vers le désinvestissement.» Elle a qualifié la menace de sanctions de la part de l’université de «tactique d’intimidation».

Plus d’amnistie

Le recteur Saini avait indiqué mardi que malgré l’échec des négociations, l’université irait de l’avant avec ses dernières offres. Mais McGill avait également offert la semaine dernière l’amnistie aux étudiants et aux membres du personnel qui participent au campement, ce qui n’est plus le cas maintenant.

«Notre proposition ayant été rejetée, ces personnes se verront donc imposer l’ensemble des sanctions prescrites par nos politiques, indique le communiqué du recteur. Nous sommes aussi à explorer les mesures légales à notre disposition pour recouvrer les coûts associés aux dommages que nous avons subis.»

Les sanctions contre les étudiants de McGill qui participent au campement seront décidées au cas par cas, mais pourraient inclure l’expulsion de l’université, a déclaré Fabrice Labeau, vice-recteur à l’administration et aux finances de McGill.

L’université pourrait également déclencher des procédures disciplinaires contre le personnel ou les professeurs qui ont soutenu les manifestants, a-t-il ajouté. McGill affirme que le campement «constitue une occupation non autorisée et illégale» de sa propriété.

M. Labeau a déclaré que l’université contacterait les membres du campement d’ici «quelques jours, voire quelques semaines». Mais il a également déclaré que McGill n’avait toujours pas une idée précise des personnes ciblées ni de leur nombre.

«Nous parlons d’individus qui font beaucoup d’efforts pour ne pas être reconnus et qui sont masqués tout le temps, a-t-il expliqué. Mais nous poursuivrons notre enquête pour nous assurer d’en identifier autant que possible.»

Michelle Hartman, professeure à l’Institut d’études islamiques de McGill, qui soutient le campement, a déclaré qu’elle n’avait eu aucune nouvelle de l’université concernant des mesures disciplinaires. «Nous sommes véritablement troublés par la façon dont l’administration de McGill a pris des mesures de répression extraordinaires en ce moment où elle est appelée à se ranger du côté de la justice», a-t-elle déclaré aux journalistes.

«Incidents totalement inacceptables»

L’université affirme que depuis son début il y a plus de 50 jours, le campement a donné lieu à «une série d’incidents totalement inacceptables qui ont commandé l’intervention des forces de l’ordre».

Le communiqué souligne l’occupation du Pavillon James, siège de l’administration, par des manifestants propalestiniens au début du mois, qui a conduit à 15 arrestations. Il mentionne également des photos de combattants de la résistance palestinienne tenant des fusils d’assaut qui ont été utilisées pour annoncer ce que les manifestants ont appelé un «programme d’été révolutionnaire pour les jeunes», qui a débuté cette semaine dans le campement.

«Malgré nos tentatives de discussion avec les personnes qui représentent le campement, nous constatons des agissements de plus en plus répréhensibles», soutient le recteur Saini.

«Par ailleurs, les dépenses entraînées par la situation ne font qu’augmenter, et nos activités s’en trouvent perturbées. Pensons notamment aux cérémonies de collation des grades qui n’ont pas pu avoir lieu sur le campus inférieur de l’Université McGill.»

Mme Al Malah a déclaré mardi qu’au lieu de se concentrer sur les photos utilisées pour promouvoir le programme d’été, les gens devraient plutôt se concentrer «sur le fait que notre administration investit dans de vrais fusils et de vraies armes qui commettent des massacres et des violences bien réels».

Le mois dernier, un juge de la Cour supérieure a rejeté une demande d’injonction temporaire de McGill, affirmant que l’université n’avait pas réussi à démontrer le besoin urgent de démanteler le campement. L’université demande désormais une ordonnance interlocutoire pour expulser définitivement les manifestants, mais l’affaire n’a pas encore été entendue sur le fond.

McGill a également demandé l’aide de la police, mais le Service de police de la Ville de Montréal a déclaré lundi qu’il s’agissait d’un litige civil et qu’il n’avait pas encore de base juridique pour intervenir.

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