Des scientifiques analyseront les plastiques dans le Parc Saguenay-Saint-Laurent

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne
Des scientifiques analyseront les plastiques dans le Parc Saguenay-Saint-Laurent

MONTRÉAL — À quel point le Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent est-il pollué par les plastiques? C’est la question à laquelle une équipe de chercheurs et de chercheuses tentera d’ajouter des éléments de réponse en sillonnant le fjord du Saguenay et l’estuaire maritime du Saint-Laurent à bord du voilier Vanamo.

Il s’agit de la deuxième mission scientifique de l’Expédition Bleue, qui se déroulera du 21 juillet au 5 août, période au cours de laquelle le voilier naviguera d’abord sur le Saguenay, de La Baie à Tadoussac et ensuite sur le fleuve de La Malbaie aux Escoumins sur la rive nord et de Rivière-du-Loup à l’Île Verte du côté sud.

L’objectif du périple est d’étudier et documenter l’impact de la pollution plastique dans cette aire maritime protégée. L’équipe de recherche prévoit d’une part recenser et évaluer la présence de macroplastiques – soit les morceaux de plastiques de plus de 5 millimètres – sur les rives de la rivière Saguenay et du fleuve Saint-Laurent dans le secteur de l’aire protégée. D’autre part, elle entend en faire autant pour les microplastiques – soit ceux de moins de 5 millimètres – dans les eaux de surface de la région.

«Parmi les plus pollués au monde»

«Le Saint-Laurent est très pollué; on le compare, au niveau des microplastiques, aux fleuves les plus pollués au monde, comme le Yangtsé en Chine ou la rivière Mississippi», explique la biologiste marine et cheffe de mission Anne-Marie Asselin.

«La pollution est omniprésente et on constate que la densité de plastiques augmente plus on s’approche de l’Atlantique. Et le Parc marin est au milieu de ça.»

Les scientifiques prévoient également collecter des spécimens d’invertébrés afin d’évaluer l’impact de la pollution plastique sur ceux-ci: «On va collecter des spécimens de moules bleues, d’oursins verts et de myes communes dans l’objectif de trouver des particules de microplastiques dans les tissus de ces êtres vivants et dans les contenus stomacaux. Ça va nous aider à mieux comprendre à la base de la chaîne alimentaire à quel point la biodiversité peut être affectée par la pollution plastique.»

L’objectif ultime, à terme, sera d’étendre ces recherches aux vertébrés, aux poissons et aux grands mammifères marins afin d’identifier quels efforts seront requis pour contrer les effets néfastes de cette pollution par le plastique.

Bacs de recyclage, pancartes électorales et pintes de lait

Un autre des défis auxquels sont confrontés les chercheurs consiste à cartographier les courants marins. Certes, on est très conscient qu’en amont du Parc marin se trouvent des zones densément peuplées, mais ces courants sont capricieux.

«On comprend mal l’apport des courants marins. On a trouvé des bacs de recyclage de Baie-Comeau aux Îles-de-la-Madeleine. On a trouvé des pancartes électorales de Charlevoix à Matane. On a déjà trouvé des pintes de lait de l’Île-du-Prince-Édouard à Anticosti. On voit qu’il y a beaucoup de circulation, mais on se doute que les centres urbains en amont, de Québec jusqu’à Toronto, ont un plus grand impact», explique la chercheuse.

Le véritable problème est que «tout le monde est responsable et personne ne l’est en même temps», soupire-t-elle, soulignant qu’il faut aussi tenir compte des utilisateurs de la Voie maritime, vraquiers, paquebots et plaisanciers ainsi que des industries de fabrication riveraines et de l’industrie de la pêche, notamment.

Élargir la responsabilité

Dans ses recherches et collectes de plastiques polluants, l’équipe procède d’ailleurs à un recensement des marques, explique-t-elle. «Quand on trouve un déchet qui a une belle étiquette propre dessus, on va marquer la compagnie et ça, ça nous permet non pas de taper sur les doigts des compagnies, mais d’élargir un peu le champ de la responsabilité, ce qu’on appelle la responsabilité élargie des producteurs, dans une optique où on pourrait même outiller les gens qui produisent le plastique à penser à de meilleurs emballages ou peut-être même à imposer des taxes plastiques pour aider à dépolluer les rivages à travers le bassin hydrographique du Saint-Laurent.»

Ces recherches seront menées avec la collaboration de l’Université McGill, de l’Université du Québec à Rimouski et de Pêches et Océans Canada.

Création et sensibilisation

La mission dépasse toutefois le domaine de la recherche scientifique, alors que l’on retrouvera également au sein de l’équipage des artistes des domaines de la musique, de la littérature et de la vidéo.

Le périple du Vanamo pourra être suivi sur les réseaux sociaux d’Organisation Bleue, qui est derrière ce projet et les publications des artistes visant à rejoindre et à sensibiliser le public s’y retrouveront également sous forme de carnets de bord.

«C’est super important pour la mission de l’Organisation Bleue d’être toujours à mi-chemin entre science et culture», explique Anne-Marie Asselin, qui est également directrice générale et co-fondatrice de l’organisme. «On a le souci et l’intention de communiquer notre traversée en temps réel pour des enjeux qui sont parfois lourds ou difficiles à raconter comme la pollution. On rejoint plus facilement le coeur des gens.»

Le public sera d’ailleurs invité à participer à divers nettoyages de berges qui se dérouleront dans les régions du Saguenay, de Charlevoix et de la Côte-Nord.

Trilogie en vue

Fondée en 2018, l’Organisation Bleue avait dirigé une première Expédition Bleue aux mois d’août et de septembre 2022 dans le golfe du Saint-Laurent. Plusieurs créations littéraires en sont ressorties pendant que les scientifiques de l’équipage procédaient à analyser la situation sur une vingtaine de sites protégés où ils ont, du même coup, recueilli plus d’un quart de tonnes de déchets.

L’Organisation Bleue planifie déjà sa troisième expédition, en 2025 espère-t-on, cette fois dans le secteur du Nunavik, en partant de la mer du Labrador pour aboutir à la baie d’Hudson et à la baie James.

«Il y a très peu de recensements qui sont faits dans ces endroits», fait valoir Mme Asselin. Et encore là, ce serait en voilier «pour avoir la plus petite empreinte carbone possible». Pour clore le tout, on compte ensuite publier un livre et réaliser un documentaire portant sur les trois volets de l’Expédition Bleue.

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