Une tragédie évitable

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Par Valerie Legault
Une tragédie évitable
Le conducteur du camion et les trois victimes sont tous de Saint-Jean-sur-Richelieu. (Photo : Patrick Taillon)

Lorsqu’ils ont vu la Kia Soul se pulvériser devant leurs yeux, Serge Letarte et André Paquette se doutaient que c’en était fini pour ses occupants. Karine Cloutier et ses enfants Éliot Lachance, 15 ans, et Rose Lachance, 13 ans, sont morts sur le coup. Selon un autre témoin, l’homme au volant de la camionnette devait se faire opérer dans les jours suivants pour un anévrisme au cerveau.

Le conducteur de 65 ans n’en était pas à son premier accident de la route. L’un d’eux aurait pu avoir des conséquences sérieuses, nous raconte un homme qui tient à conserver l’anonymat. «Plus tôt cette année, il avait eu un accident en roulant en sens contraire du trafic, sur la piste cyclable. Il ne se rendait pas compte de ce qui s’était passé. La Société de l’assurance automobile du Québec avait suspendu son permis le temps de recevoir des tests de santé», raconte-t-il.

Le conducteur aurait appris au début de l’été qu’il souffrait d’un anévrisme au cerveau. Il était prévu qu’il se fasse opérer cette semaine, sauf que sa chirurgie aurait été reportée.

André Paquette n’oubliera jamais la scène d’horreur qu’il a découverte.

«Malgré cela, poursuit le témoin, il a pu récupérer son permis avec l’accord de son médecin. Son fils ne voulait pas qu’il conduise. Il n’était pas à l’aise de le laisser seul au volant. Lorsque son anévrisme enfle, ses muscles se contractent et il perd la carte.» C’est probablement ce qui explique, selon lui, pourquoi son GMC Sierra roulait à tombeau ouvert.

Hospitalisé
Le sexagénaire a été reconduit à l’hôpital après l’impact pour soigner des blessures légères. «Il va rester hospitalisé jusqu’à son opération», indique le témoin. Il tenait à parler au Canada Français pour faire taire les rumeurs d’alcool et de cellulaire au volant. «Je crois que la SAAQ a fait preuve de laxisme en lui redonnant son permis de conduire», affirme-t-il.

La Sûreté du Québec veut aussi rencontrer le conducteur. Le Service de police de Saint-Jean-sur-Richelieu lui a remis les rennes de l’enquête dimanche, en fin d’après-midi. Selon la loi, une enquête où des accusations criminelles pourraient être portées dans un contexte de décès multiples relèverait d’un niveau de service supérieur à celui que détient le corps de police local.

Coup de canon
Les weekends sont précieux pour Serge Letarte. L’ancien capitaine des Croisières Richelieu faisait ses dernières courses avant de repartir travailler pour la semaine sur un bateau, en Ontario. Il attendait le feu vert sur le boulevard Saint-Luc Est quand un vacarme du tonnerre a éclaté à sa droite.

À côté de lui, une seule voiture, celle de Karine Cloutier, était immobilisée dans la voie du centre. «L’impact a sonné comme un coup de canon. Je n’ai rien vu venir, puis j’ai vu la catastrophe se produire. Je n’ai entendu aucun freinage. Dès l’impact, je savais que ce serait fatal. Le pare-chocs arrière était collé contre les sièges avant. Ça s’est passé à la vitesse de l’éclair. Je le revois sans cesse au ralenti», témoigne l’homme encore sonné par les événements.

M. Letarte était tellement sous le choc qu’il ne s’est même pas rendu compte qu’une vitre du côté droit de sa voiture avait volé en éclats. Éberlué, il a mis quelques instants pour peser sur l’accélérateur.

Dès le lendemain de l’accident, plusieurs citoyens sont venus déposer des fleurs au pied du magasin Tapis Décor où l’accident s’est produit.

Violence extrême
Tout le monde a déjà vu des publicités montrant des tests de collision au ralenti. La réalité n’a rien à voir, assure le capitaine de bateau. «C’est d’une violence extrême, sauf que ce n’était pas des mannequins dans l’auto», décrit-il.

André Paquette passait aussi par là le matin du 19 septembre. Le résident roulait sur le boulevard du Séminaire Nord pour reconduire sa fille chez Pasquier où elle travaille.

«J’ai entendu un méchant vacarme, puis j’ai vu passer le camion à toute vitesse. Je n’ai jamais vu l’autre auto. J’étais le troisième en file pour tourner à gauche sur le boulevard Saint-Luc. J’ai dit à ma fille qu’il était de mon devoir citoyen de porter assistance aux blessés», témoigne M. Paquette.

Il a découvert un tableau à glacer le sang. Une autre femme arrivée avant lui sur les lieux l’a prévenu de la scène d’horreur qu’il s’apprêtait à voir. Son témoignage est entrecoupé de longs silences. «J’ai vu le corps de la mère. J’ai pris son pouls à son cou et sur son poignet. Il n’y avait rien», dit-il, la voix nouée par l’émotion. Il a contourné la voiture pour aller voir la passagère avant et a constaté sa mort évidente.

Remords
Il a aussitôt appelé le 9-1-1. Il ignorait qu’Éliot Lachance se trouvait aussi dans l’auto en lambeaux. «Je m’en veux tellement de ne pas avoir vu le jeune en arrière!, dit-il en éclatant en sanglots. Je regrette ne pas avoir pu les sauver. À 46 ans, c’est la scène la plus horrible que j’ai vue de toute ma vie.» Les pompiers sont rapidement arrivés avec leurs pinces de désincarcération, sermonnant au passage les curieux qui tentaient de photographier le drame.

André Paquette s’est fait convaincre de se rendre à l’urgence en soirée. «J’ai été traité aux petits oignons», affirme-t-il. À l’Hôpital du Haut-Richelieu, on était aussi sous le choc d’avoir perdu une collègue de travail. L’infirmière Karine Cloutier venait tout juste de réorienter sa carrière vers les soins à domicile.

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chantal
chantal
26 jours

faut pas mettre le blame sur la SAAQ ses la faute au docteur qui lui a fait récupéré son permis de conduire ses a lui faut mettre le blame et devrai y avoir des conséquences selon moi.

Rachelle
Rachelle
24 jours
Répondre à  chantal

Vous avez totalement raison, la décision est prise du médecin traitant et sur qui la Saaq traite les demandes .Sous toutes réserves, ma suggestion serait dans l’avenir que cette évaluation médicale soit donner à un ou des médecins evaluateurs specialiser nommé par la Saaq pour sauvé des vies futures. Je suis profondément choquer par cette tragédie, ont suis tous les codes de la sécurité routière pour la plupart de nous, personnes pourrait penser un jour, arrêter sur un feu rouge, se faire foudroyés en trois secondes et mourir, sans avoir eu la moindre chance de survivre. C’est inacceptable, mes plus sincères condoléances à tous ceux de près ou de loins qui entouraient cette mère et ses deux enfants.

Caroline
Caroline
23 jours
Répondre à  chantal

Je crois que la faute est à l’homme qui voulait avoir son permis de conduire malgré sa condition de santé et après avoir déjà causé d’autres accidents. Son fils ne voulait pas qu’il conduise et il a quand même voulu conduire.

Jean-Claude Clark
Jean-Claude Clark
21 jours
Répondre à  chantal

Attention à tes commentaires! Chaque individu et conducteur d’un véhicule qui connait sa condition médicale est responsable de ses actes!

Benjamin B
Benjamin B
23 jours

Enragé c’est lui qui nas rien eu et il est responsable davoir tuer toute une famille un drame !Sa nest pas la première fois!