De plus en plus difficile d’acheter des terres agricoles

Par Stéphanie MacFarlane
De plus en plus difficile d’acheter des terres agricoles
(Photo : Le Canada Français - Jessyca Viens-Gaboriau)

La valeur des terres agricoles ne cesse de croître dans la région. De 2018 à 2019, le prix moyen payé pour un hectare de terres en culture a augmenté de 10% pour se solder à près de 40 000$, selon une récente publication de la Financière agricole du Québec (FADQ). De quoi compliquer l’accès à l’agriculture pour la relève.

Une cinquantaine de transactions a été recensée par la FADQ en 2019 en Montérégie-Est. Ce territoire englobe plusieurs MRC, dont celle du Haut-Richelieu. Le prix moyen pour un hectare en culture s’est fixé à 39 667$. Il s’agit de la plus haute valeur enregistrée au Québec. À titre comparatif, la même superficie se vendait 36 098$ en 2018. Ces données proviennent du bulletin annuel Transac-Terres 2020 de la FADQ.

André Picard, vice-président au financement de la FADQ, fait remarquer l’écart type de 11 738$ dans la région. «Des transactions ont été constatées à 50 000$ l’hectare et d’autres, autour de 28 000$. Toute proportion gardée, ce n’est pas une grande variabilité», indique M. Picard, disant qu’il a été témoin de transactions à 60 000$-65 000$ l’hectare.

Facteurs
La rareté et le potentiel agronomique des terres agricoles de la Montérégie-Est sont deux facteurs qui expliquent ces prix. André Picard ajoute que le niveau de confiance des producteurs envers la profession, qui est globalement bon, est aussi un élément à considérer. «Cette confiance se traduit par un marché solide où, quand il y a de la disponibilité, il y a des preneurs. C’est ce qu’on constate actuellement», soutient M. Picard. Les faibles taux d’intérêt sont également à prendre en considération.

André Picard observe que les terres transigées le sont souvent par des entreprises agricoles qui souhaitent prendre de l’expansion ou diminuer leur dépendance envers la location. «Est-ce que deux jeunes agriculteurs qui démarrent vont acheter un bloc de 100 hectares à ces prix-là? On oublie ça. Ce ne serait pas réaliste parce que la différence entre la valeur marchande et la valeur économique de ces terres est trop grande», indique-t-il.

La seule manière de rentabiliser une terre à ces prix-là, c’est d’avoir une autre terre pour financer l’achat, dit Jérémie Cappiello, président de l’Association de la relève agricole de la Montérégie-Ouest.

Cette difficulté à devenir propriétaire d’une terre agricole, Jérémie Cappiello, président de l’Association de la relève agricole de la Montérégie-Ouest (ARAMO), la vit. Le bachelier en agronomie, qui réside dans le secteur L’Acadie à Saint-Jean-sur-Richelieu, est contractuel quatre mois par année ailleurs qu’à la ferme familiale pour se monter un actif. Son objectif? Acquérir l’entreprise maraîchère de sa mère située à Saint-Philippe.

Relève agricole
«Actuellement, la seule manière de rentabiliser une terre à ces prix-là, c’est d’avoir une autre terre pour financer l’achat, dit Jérémie Cappiello. L’accès à la terre est de plus en plus complexe pour des producteurs établis et des nouveaux producteurs. En général, les jeunes ont beaucoup de difficultés.»

Mince consolation, la Commission de la protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) montre une certaine ouverture à permettre le morcellement de lots afin que des agriculteurs puissent acquérir de plus petites superficies, et donc, réduire les frais. «Si un producteur arrive avec un projet concret, qu’il a de l’expérience et un plan d’affaires solide, il y a plus d’écoute de la CPTAQ. C’est le message que j’entends, enchaîne le président de l’ARAMO. Ce n’est pas la solution parfaite, mais il n’y a pas vraiment de solution. C’est assez complexe comme situation. Avec la Fédération de la relève agricole, on tente de trouver une solution.»

La question de l’accessibilité des terres agricoles a d’ailleurs été soulevée lors de la conférence du ministre de l’Agriculture récemment organisée par la Chambre de commerce et de l’industrie du Haut-Richelieu. Le ministre André Lamontagne a souligné que le prix des terres était devenu un «enjeu important».

Fardeau fiscal
Jérémie Cappiello soulève par ailleurs la question du transfert d’entreprises agricoles familiales. Actuellement, au palier fédéral, il est plus avantageux d’un point de vue fiscal pour un cédant de vendre à un étranger qu’à un membre de sa famille.

Jérémie Cappiello explique que le transfert d’une entreprise à une personne apparentée est considéré comme un dividende, alors que la vente à un tiers est considérée comme un gain en capital donnant droit à une exonération des gains en capital. «Au provincial, cette question est réglée depuis 2015. Au fédéral, on travaille là-dessus afin que le projet de loi C-208 soit adopté», dit-il.

Ainsi, il est actuellement plus avantageux fiscalement parlant pour sa mère de vendre sa ferme à un étranger. M. Cappiello espère pouvoir acquérir la ferme familiale À L’Accueil Chaleureux. Et lorsque ce jour viendra, il souhaite que ce dossier soit réglé afin d’alléger le fardeau fiscal de sa mère.

 

 

 

 

 

 

 

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