La pandémie fait exploser les cas de détresse psychologique

Par Marie-Pier Gagnon
La pandémie fait exploser les cas de détresse psychologique
(Photo : Le Canada Français – Jessyca Viens Gaboriau)

La détresse psychologique est plus tangible que jamais dans la région. Au Centre de crise et de prévention du suicide Haut-Richelieu – Rouville, responsable de la ligne 1 866 APPELLE, les demandes de service continuent de battre des records. Une situation qui n’est évidemment pas étrangère à la pandémie.

À la fin avril, un peu plus d’un mois après la mise en place du premier confinement, le Centre de crise et de prévention du suicide Haut-Richelieu – Rouville (CCPSHRR) ne notait aucune augmentation de la demande pour ses services. La situation, disait-on, était maîtrisée. On s’étonnait même de ne pas recevoir davantage d’appels.

C’est en juillet que la détresse a véritablement explosé. Ce mois qui est habituellement calme est devenu bouillonnant avec une augmentation marquée de 900 demandes au cours de cette seule période. On remarquait alors que la détresse et l’anxiété étaient déjà plus aigües et que les crises suicidaires se démarquaient par leur force.

Depuis, l’équipe du CCPSHRR n’a eu aucun répit. Le deuxième confinement, marqué par une température froide et de courtes journées d’ensoleillement, semble avoir eu raison de la santé mentale de bien des citoyens de la région. «Les gens font appel à nous et ça, c’est positif», tient à souligner la directrice générale de l’organisme, Myriam Lafond.

Couvre-feu
La fin des sorties extérieures après 20 heures s’est avérée un tournant dans l’augmentation de la détresse. «Le couvre-feu a quand même eu un impact assez incroyable. Le soir, nos appels tournent beaucoup autour de ça», mentionne Mme Lafond. Pour plusieurs, prendre l’air ou faire un tour de voiture permettait de calmer leurs crises d’angoisse.

L’absence de relations humaines en dehors de la bulle familiale continue d’affecter le moral des gens. Bonne nouvelle toutefois, la détresse associée aux difficultés financières ne connaît pas d’augmentation, alors que le moral des jeunes, qui inquiétait très sérieusement à l’automne, semble tendre vers une amélioration.

«On note une petite accalmie, mais la jeunesse demeure très fragile», confirme Mme Lafond qui rappelle que, bien qu’ils soient capables de s’adapter, les jeunes ne sont pas moins vulnérables. «Il ne faut pas avoir peur de parler à son enfant, de le questionner. Habituellement, les parents ont un bon feeling. Il faut qu’ils s’écoutent. Dans le doute, appelez-nous», lance-t-elle comme message.

Fatigue accumulée
Cette grande demande commence toutefois à avoir un impact sur l’équipe de 29 employés qui, conscients de l’importance de leur mission, cumulent les heures. «Les effets de l’hiver, les mesures du confinement, ne pas pouvoir voir nos proches, nous aussi on est là-dedans», rappelle Mme Lafond qui ne cache pas que la fatigue est présente.

«Ma tâche principale en ce moment, c’est de prendre soin de notre équipe pour pouvoir poursuivre le marathon», dit-elle. L’organisme tente d’ailleurs de recruter de nouveaux intervenants, mais il y a pénurie. «Ce n’est pas l’argent qui manque», assure la directrice qui confirme que les subventions sont au rendez-vous.

Une situation, mentionne-t-elle par ailleurs, qui est généralisée dans le milieu communautaire lié à la santé mentale. Les personnes ayant des études en relations humaines, que ce soit une technique ou encore un baccalauréat, sont très demandées. Au CCPSHRR, on embauche également des étudiants pour pourvoir des postes à temps partiel.

La force des gens
D’un point de vue personnel et compte tenu de son expérience terrain, Myriam Lafond voit d’un bon œil les mesures d’allégement annoncées par le gouvernement pour la semaine de relâche. Elle y voit là une réponse concrète à la détresse qui permettra de redonner un bref sentiment de liberté aux gens et, du même coup, une meilleure santé mentale.

Elle se dit par ailleurs impressionnée par la force des citoyens de tous âges. La pandémie est, rappelle-t-elle, un stress chronique de grande intensité à travers lequel la population navigue depuis près d’un an, peu importe les classes sociales. De cette situation sont nés des gestes d’entraide et de collaboration qui ravissent Mme Lafond.

Outre la ligne 1 866 APPELLE, le CCPSHRR offre un service d’hébergement de crise. Pour plus d’information, visitez le www.ccpshrr.ca.

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