Peu d’espoir pour une saison des sucres « normale »

Par Stéphanie MacFarlane
Peu d’espoir pour une saison des sucres « normale »
(Photo : Le Canada Français - Archives)

Fermées depuis près d’un an, les érablières de la région se préparent à vivre une saison des sucres 2021 bien différente de ce qu’elles offrent habituellement à leur clientèle. Devant le récent renforcement des mesures restrictives pour limiter la propagation de la COVID-19, les espoirs d’accueillir les tablées au printemps sont plutôt minces. Les propriétaires sont réalistes et mettent en place diverses solutions pour tenter de tirer leur épingle du jeu.

«On s’enligne pour faire des plats à emporter. On a toujours un peu d’espoir de pouvoir ouvrir, mais avec des contraintes. On a la chance d’être une grosse érablière. On a de la place pour la distanciation physique», lance Michel Gingras, copropriétaire de la Goudrelle avec ses frères Pierre et Luc.

Il est toutefois réaliste. «La cabane à sucre est une activité familiale. Et c’est à la fois tout ce qu’on n’a pas le droit de faire actuellement. Les érablières ont été les premières à fermer. Je ne suis pas sûr qu’elles seront les premières à rouvrir. On fait ce sacrifice pour la société. On ne veut pas faire mourir personne à la cabane à sucre», poursuit M. Gingras.

L’érablière Charbonneau sera prête si le gouvernement permet d’accueillir des clients en mars. «On va ouvrir. On veut tenir le coup. On veut voir nos clients. Si on est capables d’accueillir certaines personnes en salle et de faire des repas à emporter, ça va faire un petit baume. Mais on attend l’autorisation et on veut aussi avoir la certitude qu’on n’ouvrira pas juste pour deux semaines», indique Mélanie Charbonneau, copropriétaire de l’érablière Charbonneau.

Préparation
Michel Gingras mentionne que ce qui a grandement nui aux cabanes à sucre l’an dernier, c’est d’avoir ouvert leurs portes. Leur saison n’a duré que deux semaines, soit jusqu’au 15 mars, date où le gouvernement a ordonné leur fermeture. Or, les établissements avaient engagé de nombreuses dépenses pour accueillir la clientèle.

Habituellement, les érablières entament leur préparation dès l’automne, notamment les boulettes, les marinades et les desserts. Mélanie Charbonneau a joué le tout pour le tout. «J’ai joué au casino et j’ai misé tous mes jetons. On a décidé de produire, mais on en a fait un peu moins qu’à l’habitude. J’ai mis ça sur ma marge de crédit. Je veux être prête si on nous permet d’ouvrir. Et au pire, on fera énormément de take-out», dit-elle. Du côté de la Goudrelle, Michel Gingras mentionne n’avoir rien décidé de trop engageant pour 2021. «On se méfie», dit-il.

Salles de réception
Au-delà de la saison des sucres, les érablières accueillent bon nombre d’événements d’envergure, dont des mariages et des fêtes. Ce volet a aussi subi les conséquences de la pandémie en 2020. Presque tous les événements ont été annulés ou reportés.

Le calendrier de réservations des salles de réception pour 2021 était pratiquement complet à l’érablière Charbonneau. «Environ 90 % des gens avaient remis à 2021, mais là, c’est le jour de la marmotte. Les téléphones recommencent. Depuis le début de l’année, j’ai eu trois appels pour reporter la réservation à 2022», précise Mme Charbonneau.

En plus d’être copropriétaire de l’érablière familiale, Michel Gingras est photographe professionnel. Habituellement, il immortalise entre 15 et 25 mariages par an. «Si j’en fais quatre ou cinq cette année, ça va être beau. Je me dis que ce sera la même chose pour les réservations de salle et que ce sera de plus petits mariages.»

Survie?
En décembre, un rapport réalisé par l’Association des salles de réception et des érablières du Québec indiquait que le quart des 200 cabanes à sucre de la province avait définitivement fermé leurs portes. En août dernier, Mélanie Charbonneau estimait à 1,2 M$les pertes de son érablière pour 2020. À la Goudrelle, elles représentaient 90 % du chiffre d’affaires de 2019. Les érablières n’ont eu aucune aide financière directe, que des prêts.

Les frères Gingras se félicitent d’avoir acquis une terre d’érables de 104 acres à Roxton Pond en 2019. Cet achat leur a permis d’obtenir un contingent auprès des Producteurs et productrices acéricoles du Québec. En plus de vendre leur sirop d’érable directement à l’érablière, ce quota leur permet de l’écouler dans les supermarchés. «On doit faire les paiements de la cabane à sucre, mais l’érablière nous tient occupés. On a la chance de ne pas avoir beaucoup de paiements. On a presque tout vendu notre récolte», souligne M. Gingras.

De son côté, l’érablière Charbonneau essaie une foule de petits projets pour survivre. «Mais ce n’est pas suffisant pour couvrir les frais fixes. Ça va faire un an qu’on est fermés le 15 mars. C’est vraiment critique pour les cabanes à sucre et il n’y a pas grand monde qui en parle. J’ai l’impression que les gens vont constater les dégâts au printemps», souligne Mélanie Charbonneau. Divers facteurs influencent la survie de son entreprise. «Ça va dépendre de la réponse de la clientèle et de comment on est capables d’y répondre», dit-elle.

Hautement traditionnel
En décembre, Tourisme Haut-Richelieu a piloté la campagne Hautement traditionnel, une initiative qui visait à encourager l’achat local et à promouvoir l’offre de six érablières de la région. Parallèlement à leurs activités régulières de plats pour emporter, elles ont vendu un total de 375 boîtes repas dans le cadre de cette campagne. Cela représente des retombées avant taxes de 26 325 $.

Une nouvelle initiative de ce genre sera réalisée pour le temps des sucres, précise la directrice générale de Tourisme Haut-Richelieu, Isabelle Charlebois.

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