Pourquoi tant d’adeptes de théories du complot?

Par Marie-Pier Gagnon
Pourquoi tant d’adeptes de théories du complot?
Christian Page étudie les mythes et complots depuis de nombreuses années. Il prédit que le Québec connaîtra une deuxième vague d’intérêt pour les théories du complot dès l’annonce de la création d’un vaccin.

Plus que jamais, les adeptes des théories du complot se font entendre. Des réseaux sociaux aux manifestations dans les rues de Montréal et Québec, ils crient haut et fort. Et ce n’est pas près de s’arrêter selon l’expert québécois des mythes et complots, Christian Page.

Le 3 août, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) dévoilait les résultats d’un sondage sur les croyances et perceptions liées à la pandémie. On y apprenait entre autres que 23% des gens croient que le virus a été créé en laboratoire et 35% des répondants sont d’avis que le gouvernement cache volontairement de l’information à la population.

Le profil de l’adepte du complot, toujours selon ce document de l’INSPQ, fait état d’hommes et de femmes âgés entre 18 et 59 ans, défavorisés matériellement ou dont l’emploi a été directement affecté par la pandémie. Fait particulier, les travailleurs de la santé tout comme les personnes ayant au plus un diplôme d’études secondaires sont plus nombreux que la moyenne à adhérer aux complots présentés dans le sondage.

Des pourcentages bien au-delà de ce qui est observé habituellement.

Pouquoi tant d’adeptes?
Expert en mythes et complots et résident de Saint-Jean-sur-Richelieu, Christian Page se plaît à analyser chaque nouvelle théorie pour en trouver les fondements. En moyenne, dit-il, une théorie suscitera l’adhésion de 5% à 15% de la population. En haut de ce pourcentage, la situation est exceptionnelle.

Alors pourquoi tant d’adeptes? «La COVID-19, c’est le complot international. Il touche tout le monde, alors que les autres théories, comme le World Trade Center, sont plus exclusives», explique-t-il en rappelant qu’à la base, les complots sont créés pour simplifier des situations complexes qui requièrent une bonne capacité d’analyse et une grande connaissance générale pour leur compréhension.

Leur autre utilité? Désigner un coupable.

Évolution de la pensée
Au Québec, les réseaux sociaux ont commencé par propager la théorie selon laquelle le virus avait été créé dans un laboratoire de Wuhan, en Chine. Puis, des voix se sont levées pour énoncer l’hypothèse que c’est à Bill Gates que l’on devait le chaos mondial actuel avant de rediriger leurs énergies vers les tours 5G, émettrices d’ondes qui propageraient la maladie.

«Depuis mai, il y énormément d’information scientifique qui a été publiée sur la COVID-19. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de courroie de transmission avec le public», souligne M. Page. Des experts ont ainsi confirmé que le virus dans sa forme animalière avait été observé chez une population de chauve-souris dès 2013. Mais c’est passé sous le radar des complotistes.

«Une vraie nouvelle va circuler 100 fois moins vite qu’une fausse nouvelle sur les réseaux sociaux. Un mensonge a le temps de faire le tour de la Terre quatre fois avant que la vérité mette ses chaussures», illustre Christian Page. Des médias reconnus, comme Radio-Canada, ont d’ailleurs commencé à décortiquer chaque théorie afin de remettre les faits en perspective.

Du jamais vu selon Christian Page. «Que le World Trade Center n’existe plus, ça ne crée pas de danger. Dans le cas de la COVID, il y a des conséquences à ces théories-là», explique le Johannais en rappelant l’importance du sens critique et de l’information de qualité. Même les grands réseaux sociaux comme Twitter et Facebook ont commencé à supprimer de leur plate-forme des vidéos et publications reconnues comme étant de la désinformation.

Deuxième vague
Cela n’empêche pas le nombre d’adeptes d’augmenter. Au Québec, c’est le port obligatoire du masque qui a donné un second souffle aux amateurs de complots qui y voyait une atteinte à leur liberté individuelle. Christian Page prédit d’ailleurs que l’annonce de la création d’un vaccin entraînera une deuxième vague d’engouement pour les complots dans la province, surtout si le vaccin est obligatoire pour tous.

Alors, quelle leçon tirer de tout ça? «Je pense que dans les prochaines années, on va devoir développer des outils pour assurer une meilleure information», de dire M. Page. La situation est néanmoins complexe. Entre brimer la liberté d’expression et assurer la sécurité des gens en évitant la propagation de fausses informations, la ligne est parfois mince. «Je n’aimerais pas être à la place des grands réseaux», de conclure M. Page.

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