Le Canada Français : le passage au format tabloïd

Le Canada Français : le passage au format tabloïd
Une couverture plus aérée caractérise la nouvelle image du Canada Français (Photo : Le Canada Français - Archives)

La troisième période de l’histoire du Canada Français s’ouvre sur le passage au format tabloïd et montre que le journal, tout en étant sensible à l’évolution du goût des lecteurs, cherche à témoigner de la spécificité socioculturelle de la ville et de son environnement. Il ne peut pas faire la lutte aux grands quotidiens montréalais, mais il a trouvé sa niche et il devient le relais essentiel de la vie régionale.

Le 30 août 1934, le Canada Français  adopte le format tabloïd afin de rendre le journal plus attrayant et plus facile à lire. Selon le journal « Le nouveau format tabloïd tend à se répandre de plus en plus et les nombreuses appréciations entendues à l’adresse des journaux et des revues de ce genre nous ont incités à l’adopter. » L’arrivée du Petit Journal (1926) et de L’Illustration (1930) sur le grand marché montréalais, deux journaux de format tabloïd qui optent pour une formule beaucoup plus populaire, n’est certainement pas étrangère à cet important virage. Le contenu et la mise en page du Canada Français restent sensiblement les mêmes, mais un ajout non négligeable est apporté : une section intitulée « Nouvelles du sport » est insérée à la page deux. Les équipes et les athlètes locaux sont alors à l’honneur. L’éditorial paraît à la dernière page, juste à côté des petites annonces.

En juillet 1937, un magazine est ajouté au journal. Cette section, qui a sa propre une, propose un contenu très diversifié qui se distingue clairement de la portion centrée sur les actualités. Nouvelles littéraires, chroniques historiques, bandes dessinées, « actualité par l’image » composent ce supplément illustré de huit pages qui se veut à la fois instructif et divertissant, mais nullement centré sur des intérêts régionaux. Les éditeurs testent ainsi une formule visant à concurrencer les revues généralistes et les suppléments hebdomadaires des quotidiens. Pour bien marquer la volonté de l’éditeur de plaire aux lecteurs, on invite ces derniers à soumettre toutes suggestions qui pourraient améliorer le magazine.

En novembre de la même année, le cartouche d’entête est renouvelé et, dans un style plus travaillé, les deux titres du journal sont dorénavant superposés, Le Canada Français étant mis en évidence. La direction est alors fière d’annoncer que ce nouvel entête est l’œuvre d’un concitoyen de Saint-Jean, artiste autodidacte. Le cartouche expose aussi sa nouvelle devise : « Hebdomadaire dévoué aux intérêts de toute la Région ». On abandonne donc le lien avec le Parti libéral et l’on met l’accent sur la volonté de satisfaire les intérêts régionaux.

Durant près de trente ans, le nombre de pages du journal augmentera peu à peu, mais on ne modifiera plus de manière notable sa facture, si ce n’est une composition plus aérée de la une. Cependant, l’accent sera de plus en plus mis sur les nouvelles locales et régionales. On semble avoir trouvé la formule qui convient aux lecteurs et aux annonceurs. La facture demeurera assez similaire jusque dans les années 1970.

L’évolution qui caractérise la pratique journalistique du Canada Français met en lumière les difficultés rencontrées par les éditeurs qui doivent concurrencer les quotidiens nationaux. Saint-Jean fait partie de la zone de distribution de La Presse et de La Patrie, les deux quotidiens montréalais francophones les plus populaires et, s’il veut survivre, Le Canada Français doit trouver sa niche. L’apparition des tabloïds à la fin des années 1920 crée une nouvelle tension, un nouvel horizon auquel il faut se référer. Le système dans lequel évolue Le Canada Français est en constante transformation, et l’hebdomadaire régional ne peut l’ignorer. D’ailleurs, les nombreuses références aux grands journaux, qui constituent une sorte d’étalon de mesure, témoignent de l’attention constante portée sur eux. Mais, n’ayant pas les moyens de s’offrir des mises en page très sophistiquées, on opte donc pour une certaine simplicité, tout en mettant le cap sur la proximité avec le lecteur : ce journal est son journal.

En terminant, Dominique Marquis nous rappelle dans son article que, bien qu’ils ne puissent concurrencer les grands quotidiens, les journaux  régionaux répondent à différents besoins – informations sur les enjeux régionaux, publicités pour les gens d’affaires locaux, quête d’une identité régionale propre – tout en ne négligeant pas la mission initiale de la presse d’opinion du XIXe siècle, éduquer et éclairer l’opinion publique. Les journaux régionaux québécois ont indéniablement participé à la constitution  de la culture médiatique d’une grande partie de la population.

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