Slasheur, une profession de plus en plus en vogue

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Par Stéphanie MacFarlane
Slasheur, une profession de plus en plus en vogue
Cumuler les emplois fait partie du mode de vie d'Anouk Gadbois qui est notamment infirmière clinicienne et directrice aquatique. (Photo : Le Canada Français - Jessyca Viens-Gaboriau)

Les slasheurs, baptisés ainsi en l’honneur de la barre oblique ( slash ) qui sépare leurs fonctions, cumulent plus d’un emploi et le font par choix. Et ce mode de vie professionnel risque de devenir de plus en plus la norme.

Anouk Gabdois est slasheuse et fière de l’être. Travailler dans un bureau de 9 à 17 heures, ce n’est pas fait pour cette Johannaise. Au contraire, jumeler ses multiples rôles lui permet d’avoir un horaire flexible, une autonomie et d’apprendre au gré des expériences, raconte-t-elle.

La jeune femme de 30 ans est infirmière clinicienne/directrice aquatique/formatrice/étudiante/entrepreneure, en plus d’être impliquée dans l’entreprise familiale et mère de deux enfants de 11 mois et 2 ans et demi.

«Pour moi, c’est simple, confie-t-elle en énumérant ses multiples rôles. C’est un besoin de travailler. Je me sens utile et challengée d’où pourquoi je fonctionne par projet.» Elle affirme d’ailleurs n’avoir jamais vraiment calculé son nombre d’heures de travail.

Travail et passion

Annie Chiasson a trouvé le meilleur des deux mondes: être propriétaire de l’atelier-boutique Arthéfact et analyste d’affaires.

Annie Chiasson, propriétaire de l’atelier-boutique Arthéfact, situé sur la rue Champlain, est aussi une slasheuse. Si elle passe 37 heures chaque semaine à son commerce, elle œuvre aussi 26 heures par semaine en télétravail comme analyste d’affaires chez Nubik, un fournisseur montréalais de solutions d’affaires infonuagiques.

«La boutique est fermée les lundis et mardis alors ce sont mes grosses journées de travail. Les autres jours, la boutique ouvre à midi, alors je travaille les avant-midis de la maison», résume Annie Chiasson.

L’entrepreneure de 40 ans ne se voit pas arrêter de travailler pour son employeur ni fermer sa boutique. «Si j’arrêtais Nubik et que je travaillais juste à la boutique, je crois que je ne m’accomplirais pas. Il y a un côté concret de l’informatique que j’aime et un côté non concret qui vient combler mon besoin de jaser pour jaser», poursuit Annie Chiasson.

Cette dernière ne croit pas qu’une personne décide de devenir slasheuse. «C’est de même naturellement. J’ai pas mal tout le temps fait plusieurs choses en même temps. Là, c’est le set-up parfait», enchaîne la propriétaire du commerce qui a un fils de 18 ans.

Organisation

Être slasheur demande de l’organisation. «Je fonctionne en nombre d’heures que je suis censée faire. J’essaie de rapatrier les mêmes tâches dans une même journée. J’ai toujours fonctionné comme ça», explique Anouk Gadbois. Les mardis, mercredis et jeudis sont ses plus grosses journées de travail puisque ses enfants fréquentent la garderie.

Elle peut aussi compter sur le support de son conjoint qui, lui, a un horaire stable. «Je travaille les fins de semaine, mais c’est par choix. J’ai décidé d’être présente le soir pour coucher mes enfants», ajoute-t-elle.

Elle n’hésite pas à amener ses petits avec elle. Son plus jeune, Gaël, semblait d’ailleurs heureux d’être présent à l’entrevue avec Le Canada Français .

La planification est aussi au cœur de la vie d’Annie Chiasson. «Tous mes rendez-vous sont bookés à l’avance. J’étais comme ça avant. Je gère bien tout ça, mais mon entourage trouve ça rushant . Il ne me trouve pas toujours disponible», mentionne Mme Chiasson.

Cette dernière insère même ses séances d’entraînement dans son agenda. «Je dis que je suis mon premier client», relate celle qui peut aussi compter sur le support de ses proches.

Volontaire

Une personne peut cumuler les emplois volontairement ou involontairement. «Si c’est volontaire, ça offre une belle forme d’autonomie et de diversité, à condition de bien savoir gérer son horaire et ses finances. Ça allie l’amour, la passion et la créativité. C’est une belle façon d’éviter la dépression», souligne Valérie Roy, directrice générale d’AXTRA, l’Alliance des centres-conseils en emploi.

Être slasheur attire également les regards et suscite des questions. «C’est sûr qu’on détonne. Les gens me demandent comment je fais, mais je ne suis pas capable de l’expliquer parce que c’est naturel. Ça va de soi, note Anouk Gadbois. Ça ne me gêne pas. À la limite, c’est une fierté. Et j’aime le feeling que ça fait chez l’autre.»

Accentuation

Selon l’Enquête sur la population active 2018 de Statistique Canada, adaptée par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), 35,9% des Québécois occupaient un emploi atypique en 2018. Ils étaient 66,3% chez les 15-24 ans.

Depuis 2009, le taux d’emploi atypique oscille entre 35 et 38% au Québec. Or, plusieurs considèrent que le monde de l’emploi vivra une métamorphose.

«Le marché du travail prône la mono-expertise. Là, il y a une montée de la pluriexpertise avec la mondialisation et les nouvelles technologies qui permettent de pratiquer différents métiers», enchaîne Valérie Roy.

Et cela va s’accentuer. «L’économie va aller vers ça. On est plus ouverts sur le monde. On est à la croisée des chemins. C’est une période intéressante. Les nouvelles générations, comme les millénariaux, vont cumuler les métiers et les expertises», poursuit Mme Roy.

Pression

Le marché du travail actuel est pensé pour une expertise que la personne va accomplir toute sa vie, constate Valérie Roy. L’arrivée de slasheurs va faire une pression dans les milieux de travail, notamment avec la pénurie de main-d’œuvre. Les employeurs devront modifier leur méthode pour retenir leurs employés, puisque l’épanouissement au travail sera priorisé.

«La nouvelle génération mettra de la pression pour changer les pratiques, notamment sur la mise en valeur de l’expérience vécue au travail outre le salaire. Ça vient appuyer la théorie que la valeur accordée au travail a changée. La vie professionnelle ne sera plus linéaire», note Valérie Roy.

Les nouvelles générations vont rechercher un équilibre. «Elles vont avoir un métier « travail », qui apporte une stabilité et un métier « passion », par exemple, travailler dans une banque le jour et être professeur de yoga le soir», croit-elle.

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