Tremcar investit aux États-Unis plutôt qu’à Saint-Jean

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Par Stéphanie MacFarlane
Tremcar investit aux États-Unis plutôt qu’à Saint-Jean
Au cours des neuf derniers mois, Tremcar a déboursé 750 000$ US en surtaxes liées à l'aluminium. (Photo : Le Canada Français - Kim Valiquette)

Touchée par la surtaxe de 10 % sur l’aluminium imposée par le gouvernement canadien, l’entreprise Tremcar a choisi d’investir 1 M$ US en Ohio plutôt qu’à ses usines de Saint-Jean-sur-Richelieu et de Saint-Césaire.

Au cours des neuf derniers mois, la surtaxe sur l’aluminium a coûté 750 000 $ US à Tremcar. Son président, Daniel Tremblay, évalue les pertes sur un an à 1 M$ US.

Cette situation l’a forcé à prendre une décision d’affaires : agrandir son usine de Strasburg en Ohio plutôt que celles situées à Saint-Jean-sur-Richelieu et Saint-Césaire où 400 personnes travaillent.

« Mon coeur est ici à Saint-Jean. C’est sûr que ça ne me fait pas plaisir, mais il faut protéger la business contre les politiciens. On a un devoir de penser à la pérennité. Eux, ils pensent en fonction de la prochaine élection. On n’a pas les mêmes objectifs, mais je respecte leur point de vue », souligne, en entrevue avec Le Canada Français , Daniel Tremblay.

Agrandissement

Daniel Tremblay a lancé le projet d’agrandissement en Ohio en septembre dernier. La construction, qui a commencé en novembre, s’est terminé ces jours-ci. L’endroit devait être pleinement opérationnel au plus tard à la fin du mois de mars.

L’investissement d’un million de dollars américains a permis d’accroître la superficie de 10 000 pieds carrés et de créer 20 nouveaux emplois en Ohio, portant à 70 le nombre d’employés de Tremcar à cet endroit. Cela permettra à l’entreprise d’y augmenter sa production de 33 %.

Si ce n’avait pas été de la surtaxe, les travaux auraient été accomplis au Québec, confirme le gestionnaire. « Ça aurait été fait moitié-moitié, à Saint-Césaire et à Saint-Jean, parce que les usines travaillent conjointement. À Saint-Césaire, on fait le bassin. Il est ensuite envoyé ici où on met le système de roulement, les suspensions, les essieux et l’électricité », explique Daniel Tremblay.

Surtaxe

En produisant ses citernes à son usine de l’Ohio, Tremcar n’a pas à payer de surtaxe sur l’aluminium ni lorsqu’elle exporte le produit fini au Canada. Or, pour produire les mêmes remorques-citernes de ce côté-ci de la frontière, Tremcar doit payer une surtaxe de 10 %.

« Mes citernes me coûtent plus chères à fabriquer parce qu’il y a une taxe du gouvernement canadien sur l’aluminium que j’importe. Après ça, il faut que j’aille compétitionner contre l’Américain qui n’a pas de taxes parce que l’extrusion est faite aux États-Unis », enchaîne M. Tremblay.

Daniel Tremblay, président de Tremcar.

Avenir

Daniel Tremblay ne met pas une croix définitive sur des projets d’expansion au Québec. « On verra si le Canada règlera ça », dit-il, soulignant qu’il n’a pas le choix de se protéger.

« Est-ce que la guerre va « pogner » avec Trump, et les surtaxes vont augmenter à 25 % ? Est-ce que l’Accord États-Unis Mexique Canada va vraiment être ratifié ? Est-ce que le libre-échange va continuer ? On ne peut pas dépendre des politiciens. Il faut mitiger nos risques », mentionne l’homme d’affaires.

Ce dernier croit que le Canada n’était pas prêt à lutter contre les tarifs de Donald Trump. Il rappelle que les deux économies ne sont pas identiques. « On n’a pas de manufacturier de feuilles d’aluminium au Canada. Que Trump mette une taxe pour protéger son industrie, ça fait beaucoup de sens, mais que le Canada mette une taxe pour protéger une industrie qu’il n’a pas, ça ne fait pas de sens. Il y a encore aujourd’hui plusieurs produits d’acier et d’aluminium qui ne sont pas manufacturés au Canada et pour lesquels on paie une taxe si on les achète aux États-Unis. Qu’est-ce qu’on protège », questionne Daniel Tremblay.

Jean Rioux

Le député fédéral de Saint-Jean, Jean Rioux, rappelle que son gouvernement a mis en place des mesures d’allégement pour aider les entreprises. « Par le biais d’un formulaire, elles peuvent nous démontrer que le produit américain n’est pas disponible sur le marché canadien. Il y en a plusieurs qui l’ont fait. Ça a été le cas de Tremcar pour l’acier. Là, il y a une demande sur l’aluminium. Jusqu’à présent, il y a eu 180 demandes et il y en a 130 qui ont été traitées. Si on veut sauvegarder notre économie, il faut avoir des contremesures. Il faut être solidaire là-dedans », dit-il en précisant que le Canada négocie toujours avec les États-Unis.

20 000e citerne

Cette situation n’a pas empêché Tremcar de célébrer la livraison de sa 20 000e remorque-citerne de son histoire moderne le 15 mars. « Quand on est arrivés ici [dans le parc industriel d’Iberville], on produisait quatre citernes par mois, illustre Daniel Tremblay. Là, on est ailleurs complètement. »

Tremcar a franchi la barre des 1000 citernes et plus produites annuellement il y a environ 13 ans. « En 2018, on en a produit 1200 », ajoute M. Tremblay.

En plus du Canada et des États-Unis, Tremcar a maintenant des clients situés au Honduras, en République dominicaine, en Jamaïque et au Nicaragua, notamment.

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