Deux «extrêmes» à la tête d’une entreprise familiale

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Par Stéphanie MacFarlane
Deux «extrêmes» à la tête d’une entreprise familiale
Mathieu et Yan Gladu opèrent l'entreprise familiale qui a ouvert ses portes en 1996 sur le boulevard du Séminaire Nord. (Photo : Journal Le Canada Français - Jessyca Viens-Gaboriau)

S’ils se qualifient comme «deux extrêmes», Mathieu et Yan Gladu forment un duo bien complet. Les deux frères qui baignent dans le domaine de l’alimentation depuis leur jeunesse utilisent les forces de chacun pour gérer leur supermarché IGA Extra Gladu qu’ils ont repris de leurs parents.

«Je suis un gars d’émotions», lance Yan Gladu. «Je suis un rationnel», enchaîne Mathieu Gladu. Et c’est difficile de les contredire! Durant l’entrevue, Yan Gladu a partagé avec passion l’histoire familiale et sa vision du domaine alimentaire. Plus discret, son frère Mathieu l’écoutait, rajoutant quelques mots ici et là.

«Chacun fait ce qu’il a à faire. C’est ce que mon père aurait voulu. C’est lui qui, avec ma mère, a été le pionnier de ce magasin. Ils ont travaillé extrêmement fort. Nous, on l’a facile. On récupère la balle. Il faut très bien la jouer en 2019, mais on est chanceux parce que des gens ont été là bien avant nous. Je ne pourrais pas, aujourd’hui à 42 ans, dire qu’on va partir un magasin et espérer. On a une grande chance», souligne Yan Gladu, l’aîné de Mathieu.

IGA

«Mon père venait de chez Provigo où il a fait 35 ans de service et ma mère a passé 30 ans chez Steinberg. La famille a toujours travaillé dans le domaine de l’alimentation», mentionne Yan Gladu.

Michel Gladu, le père de Mathieu et Yan, était le propriétaire d’un marché Octofruit à Dollard-Des Ormeaux où Yan a œuvré. «J’allais fermer la fruiterie cinq soirs par semaine», se souvient-il. Ce dernier a aussi travaillé pour la famille Lambert et au Marché des Arpents Verts à Chambly. «Tout le temps dans le département des fruits et légumes», précise-t-il.

En 1996, leur père a mis la main sur le IGA de la place Saint-Jean, situé sur le boulevard du Séminaire Nord. «Quand il a acquis ce magasin, qui était à côté de l’actuelle épicerie, c’était tout un défi. Ce n’était pas nécessairement un magasin facile. Mon père a fait le saut et a pris cette entreprise-là», se rappelle Yan.

À ce moment, l’aîné avait en tête de travailler dans le domaine. «Je voulais faire ça de ma vie. Quand mon père a envisagé d’acheter l’entreprise en 1996, il avait une idée derrière la tête. Il voulait que je travaille pour lui et il savait que je voulais», souligne-t-il.

Expansion

En 2002, le petit IGA d’environ 16 000 pieds carrés est devenu grand. La famille Gladu a ouvert une nouvelle épicerie à quelques pas de l’ancienne. À cette époque, Yan Gladu a réitéré son souhait de vouloir œuvrer dans le commerce familial. «On a fait un conseil de famille. Mon père risquait gros. Il avait 57 ans. À ce moment, c’était une grosse décision. Il était plus près de la retraite que de faire du développement. C’est là que les décisions se sont prises. Je savais que je voulais faire ça. Mathieu était un gars d’électronique», mentionne Yan Gladu.

Mathieu Gladu, qui a presque cinq ans de moins que son frère aîné, a fait un DEP en électronique pour petits appareils. «J’avais fait le cours, mais je ne me voyais pas faire ça toute ma vie», relate-t-il.

Il raconte avoir fait son arrivée dans l’entreprise familiale lorsque le supermarché est déménagé dans ses locaux actuels. «J’ai travaillé un petit peu dans le vieux magasin dans la dernière année. Je suis réellement rentré ici quand on a traversé en 2002. J’ai commencé comme premier emploi et je suis resté. Ça s’est fait naturellement», raconte-t-il.

Complémentarité

Yan Gladu le répètera à plusieurs reprises durant l’entrevue: il est un gars de fruits et de légumes. «C’est ma passion. Là où je mets le plus de pression, où je suis le plus présent, c’est toujours dans les fruits et légumes. C’est le département le plus important de mon magasin. C’est l’entrée et ça donne le ton au reste avec des produits de qualité, de la variété, de la fraîcheur et des odeurs, raconte-t-il. Quand je vois mes laitues, mes romaines, mes échalotes en lignes et les petites gouttes d’eau, il y a une émotion. Mon père était un gars de fruits. Je ne sais pas si c’est à cause de ça, mais j’adore ça.»

À ce département, s’en ajoutent de nombreux autres, dont l’épicerie sèche où l’on compte environ 30 000 produits différents. L’établissement compte au total 41 000 pieds carrés, dont 32 000 sont destinés à la vente au détail.

Si Yan Gladu s’occupe davantage des opérations, Mathieu Gladu, lui, se consacre notamment aux systèmes de paie, à la convention collective, à l’administration et aux comptes payables.

«Ma mère faisait les paies avant. Yan fait plus ce que mon père faisait dans l’entreprise et moi, je fais plus ce que ma mère faisait», précise Mathieu Gladu.

«On a nos secteurs. On se complète dans nos décisions. On se splitte la job et on se parle. On a une vision complètement différente. Je le fais réfléchir et lui me fait réfléchir. On essaie de trancher entre les deux. C’est notre façon de fonctionner», renchérit Yan Gladu.

Relève?

S’ils ont pris la relève de leurs parents, Michel Gladu et Francine Coupal, les deux frères n’envisagent pas une relève comme ils l’ont vécue, même si Yan a quatre garçons, âgés de 8 à 16 ans, et que Mathieu a une fille de 16 ans.

«Le marché de l’alimentation est très complexe depuis les dernières années», souligne Yan Gladu, qui craint que l’avenir ne soit pas favorable aux propriétaires indépendants. «C’est un avenir incertain dans un monde corporatif», renchérit Mathieu Gladu.

«Le levier corporatif est très fort, poursuit l’aîné. On est la seule province à avoir des indépendants comme propriétaires. Ça fait des années qu’on entend dire qu’on est des Gaulois en alimentation. On pense qu’il n’y aura plus de propriétaires indépendants au Québec. Je ne pense pas que je veuille léguer ça à mes enfants. Je ne suis pas certain qu’on va être encore là dans 20 ans», mentionne Yan Gladu.

Contexte

Les deux frères croient que leur supermarché a encore sa niche, notamment avec la variété offerte et la proximité avec le consommateur, mais que le contexte international va changer la donne.

«Avec la pénurie alimentaire mondiale, je pense que dans 10 ou 12 ans, le domaine de l’alimentation va être de plus en plus difficile et que le détail alimentaire va se gérer mondialement comme le pétrole. Il va y avoir cinq, six ou sept sociétés qui vont contrôler mondialement les denrées. On le voit depuis plusieurs années avec nos représentants et fournisseurs qui fusionnent. Ils deviennent des géants pour avoir du pouvoir d’achat. L’épicerie comme on l’a connaît, avec la proximité et le service à la clientèle, je pense que ça va se perdre», souligne Yan Gladu.

Compétition

Les Gladu voient la possibilité qu’un magasin-entrepôt Costco s’installe à Saint-Jean-sur-Richelieu comme une histoire d’horreur. Ils soulignent au passage que l’on retrouve 15 magasins d’alimentation sur 15 kilomètres en territoire johannais.

«Le marché est saturé. Je ne pense pas qu’on ait besoin d’un nouveau magasin d’alimentation à Saint-Jean-sur-Richelieu. S’il y a un marché, c’est au détriment de nos marchands», croit Yan Gladu. «Il y des bannières qui vont disparaître», enchaîne Mathieu.

Les frères Gladu soulignent toutefois que l’arrivée d’une épicerie Super C de l’autre côté du boulevard du Séminaire Nord a été somme toute bénéfique. «La compétition est saine entre les marchands. On travaille mieux depuis qu’on a un compétiteur en avant de chez nous. Ça nous force à innover et à nous améliorer», mentionne Yan Gladu.

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