L’histoire fascinante d’une importante voie navigable

L’histoire fascinante d’une importante voie navigable
Une aquarelle présentant le fort St.Johns tel qu’érigé par les Britanniques, en 1779. (Photo : Parcs Canada – Canal de Chambly)
Écrit par Alain Gelly (Historien pour Parcs Canada)

Pour commémorer le 175e anniversaire de l’ouverture à la navigation du canal de Chambly cette année, Le Canada Français publie, en collaboration avec Parcs Canada, une série d’articles présentant certains chapitres de l’histoire fascinante de cette voie navigable.

Épine dorsale du commerce entre le fleuve Saint-Laurent et le lac Champlain, la rivière Richelieu est ponctuée d’entraves à la navigation dont les tumultueux et nombreux rapides entre Saint-Jean-sur-Richelieu et Chambly. Dès 1784, le rêve de canaliser le Richelieu donne lieu à un premier projet provenant non pas du BasCanada, mais bien du Vermont.

Situation

En 1787, le gouverneur Dorchester fait de Saint-Jean le poste de douane et la porte d’entrée du commerce entre le Haut et le Bas-Canada, et les États-Unis. Tandis que les projets en ce sens se succèdent au sud et au nord, les militaires britanniques les perçoivent tous comme une menace potentielle à la défense de la colonie.

Trois ans plus tard, lors des débats parlementaires sur la constitution de la Compagnie des propriétaires du canal de Chambly, Henry Montresor, capitaine de la Marine royale et commandant à l’Île aux Noix, affirme qu’il ne pourra pas avec sa force maritime protéger adéquatement Montréal et Québec sans un canal sur le Richelieu.

Le pont Jones de Saint-Jean, en 1839.

Attente

Le 1er avril 1818, l’Assemblée du Bas-Canada donne son aval à la construction d’un canal entre Dorchester (quatrième port des Deux Canadas), aujourd’hui Saint-Jean-sur-Richelieu, et le bassin de Chambly. Malgré l’appui des marchands et des hommes politiques du Richelieu, les marchands-négociants de Québec ne réunissent pas les 45 000 £ (livres) jugées nécessaires à sa construction.

Fort heureusement, l’élite politique et économique de la vallée milite en faveur du projet du Richelieu. C’est en 1823 qu’une loi du Bas-Canada autorise la construction du canal mais seulement sous condition et selon une clause dérogatoire.

Celle-ci exige que les travaux ne débutent qu’à la suite de l’inauguration du canal de Lachine. Or, il faut attendre 1829, soit quatre années plus tard pour que les commissaires du canal de Chambly soient nommés. Parmi ceux-ci, Gabriel Marchand et William Macrae sont de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Construction

En septembre 1831, trois Américains d’Amsterdam (N. Y.) et les frères Andres de Chambly s’engagent à construire un canal de dix écluses au coût de 46 218 £ (livres). À compter du 1er octobre, une centaine d’ouvriers, surtout des Irlandais, excavent la cuvette de ce canal au pic et à la pelle, au rythme de 12 heures par jour.

Malgré l’épidémie de choléra qui sévit dans la colonie en 1832, environ 600 ouvriers parviennent à creuser les deux tiers de la cuvette du canal long de 19,31 kilomètres ainsi que des fosses d’écluses.

Rémunérés en argent, les ouvriers doivent acheter les articles nécessaires à leur vie quotidienne dans les magasins de leurs patrons; les ouvriers sont-ils mécontents de leur salaire? Tentent-ils de se coaliser? Les patrons font arrêter les meneurs sur-le-champ. Malgré tout, les travailleurs voient leur horaire diminuer à dix heures par jour tout en conservant leurs deux pauses repas.

Une époque d’effervescence économique. Une vue de Saint-Jean,
en 1881.

Problèmes financiers

En 1833, le canal est rempli d’eau et des embarcations naviguent de Saint-Jean jusqu’à Chambly. Aux prises avec des problèmes financiers, les soumissionnaires américains quittent le navire en 1834. De leur côté, les frères Andres tentent de relancer les travaux, mais en vain. En 1835, ceux-ci sont interrompus.

C’est seulement en 1840 qu’une nouvelle firme s’engage à compléter le tout pour 35 000 £ (livres). Entre août 1840 et la fin de 1842, près de 800 ouvriers s’activent à construire les écluses combinées de Chambly, des quais, des ponts ainsi qu’à excaver les 1100 derniers pieds du tracé de la voie navigable.

Ainsi, le 9 juin 1843, un navire, le vapeur (steamer) Québec emprunte, à partir de Saint-Jean, les neuf écluses du canal de Chambly afin de se rendre à Québec, inaugurant ainsi plus de 175 années de navigation continue.

Informations

Pour en savoir plus sur le lieu historique national du Canalde-Chambly, sur sa programmation et son histoire, visitez le site parcscanada.gc.ca/canalchambly.

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