Plus d’une vingtaine d’espèces à statut précaire dans le Haut-Richelieu

Photo de Gilles Berube
Par Gilles Berube

Alors que la faune du Québec est plus que jamais menacée, de nombreux spécialistes estiment que les efforts accordés à leur protection diminuent. Uniquement dans le Haut-Richelieu, au moins une vingtaine d’espèces sont à statut précaire.

D’année en année, le nombre d’espèces animales désignées par le gouvernement du Québec comme étant menacées ou vulnérables ne cesse d’augmenter. En 2015, 38 animaux différents figurent sur la liste, alors qu’il y en avait 25 en 2005 et 8 en 2000. De plus, 115 espèces sont susceptibles d’être prochainement désignées menacées ou vulnérables.

«Leur nombre va continuer d’augmenter avec les pertes d’habitats», prédit Isabelle Gauthier, biologiste et coordonnatrice provinciale pour les espèces menacées et vulnérables au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

La Montérégie est la région où le plus d’espèces animales sont menacées, vulnérables ou susceptibles de le devenir, c’est-à-dire 54. C’est sans compter les nombreuses espèces végétales. Ce rang s’expliquerait par la combinaison de deux facteurs. C’est en Montérégie, qu’on retrouve la biodiversité la plus riche. Parallèlement à cela, il s’y situe la plus grosse densité de population et le plus de développement d’activités humaines. Occupant le sud du Québec, le Haut-Richelieu abrite une biodiversité particulièrement riche.

Haut-Richelieu

Le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec tient une liste des espèces en péril à l’échelle du Québec et des différentes régions administratives. À partir de cette liste, Renée Gagnon, directrice de CIME Haut-Richelieu, identifie pas moins d’une vingtaine d’espèces animales ou végétales présentes dans le Haut-Richelieu (tableau ci-contre). Elle ne connaît pas leur statut actuel dans la région, prévient-elle.

Il se peut aussi que d’autres espèces soient présentes sans qu’elles aient été identifiées. Elle donne l’exemple de la pie-grièche migratrice. On constate que la photo fournie par Québec-Oiseaux a é été prise par Marcel Gauthier, un ornithologue d’Iberville décédé en 2013. Il est vraisemblable qu’il ait capté la photo dans la région. Elle rappelle également l’émoi causé chez les ornithologues québécois, quand un pic à tête rouge s’est arrêté pendant quelques jours à Iberville.

Pour le Dr Pierre Dumont, biologiste, on ne peut passer à côté du chevalier cuivré, une espèce propre au Québec. Ce poisson se reproduit uniquement dans la portion du Richelieu comprise entre le rapide de Chambly et celui de Saint-Ours. Chercheur émérite à la retraite de Faune Québec, M. Dumont est un spécialiste de l’ichtyologie (étude des poissons) de la plaine du Saint-Laurent.

Anguille

Bien qu’elle ne soit pas considérée menacée, M. Dumont ajoute l’anguille à la liste des espèces vulnérables dans le Richelieu. Le plan de rétablissement de l’anguille connaît un bon succès dans le fleuve et les Grands Lacs, mais les résultats sont moins concluants dans le Richelieu.

Parmi les autres espèces de poissons à statut précaire présentes dans le Richelieu et la baie Missisquoi, il cite l’alose, le dard des sables et l’esturgeon jaune, qu’on ne retrouve plus dans la portion amont du Richelieu. Il note aussi un reptile, la tortue molle à épines, qui fait l’objet d’un programme de rétablissement dans la baie Missisquoi.

Quand on parle d’espèces menacées, la population est plus sensible aux espèces animales qu’aux végétaux et aux insectes. Dans la région, au moins trois plantes ont fait l’objet d’une controverse lors de grands projets. Ça a été le cas avec la phégoptère à hexagones, lors du projet d’agrandissement du lieu d’enfouissement sanitaire Saint-Athanase. Le Grand-Bois de Mont-Saint-Grégoire est l’un des rares endroits au Québec où on la retrouve.

Même chose pour la colonie de jonc acuminé que l’on retrouve sur le site visé pour construire l’échangeur de l’autoroute 35, à Saint-Alexandre. Les études environnementales sur ce projet recensent onze espèces à statut précaire.

Plantes

René Gagnon concède que les plantes suscitent moins d’intérêt que les animaux ou les arbres. Dans certains cas, il faut un œil d’expert pour distinguer les variétés. Mme Gagnon parle cependant avec enthousiasme de l’aplectrelle d’hiver, une petite orchidée blanche qui fleurit à l’automne sur les flancs du mont Saint-Grégoire. Sur les huit colonies identifiées au Québec, seulement deux sont considérées en bonne santé.

La lecture des rapports du ministère sur quelque 38 espèces force de constater que la dégradation de leur habitat en raison d’activités humaines est la menace la plus courante. Dans le sud du Québec, l’urbanisation, la pollution, les pratiques agricoles, les pesticides et les activités industrielles sont fréquemment mentionnés.

«Présentement, l’environnement est toujours mis à l’écart. Il est considéré comme un luxe, déplore Yong Lang, biologiste au Regroupement Québec Oiseaux. À notre société. Les différents paliers du gouvernement, tant au niveau fédéral, provincial que municipal, n’agissent malheureusement pas toujours nécessairement en considérant l’environnement».

Pour voir la carte interactive des espèces menacées au Québec, suivez ce lien: http://www.canadafrancais.com/PageVolante/6965/Especes-animales-menacees-du-Quebec

Suite du dossier:

Le canari dans la mine

http://www.canadafrancais.com/Dossiers/2015-04-03/article-4099760/Structure-et-financement-a-revoir%2C%0D%0A-selon-le-ministre-Laurent-Lessard/1

 

 

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