Neige, chevreuils et ski de fond à Duhamel

Par Raymond Marier
Neige, chevreuils et ski de fond à Duhamel

La semaine dernière, nous vous racontions la période de l’âge d’or de la Singer à Duhamel au cœur de la Petite Nation. Comme nous passons quelques semaines au chalet du lac Gagnon et qu’il y a de la neige en masse, nous avons apporté nos patins et nos skis de fond pour bien profiter de notre séjour.

Avec l’aide d’Alain, le frère de Pauline, nous avons déneigé un grand rectangle sur le lac gelé. Nous avions commencé à arroser notre patinoire en espérant qu’après une nuit froide (-20°C), nous aurions une belle glace bien lisse.

Sitôt levé le lendemain, Raymond, tout fier, va voir la glace qui est malheureusement recouverte de dix centimètres de neige. Bon, il faut recommencer à pelleter. Mais, entre la couche de neige et la surface de la glace, il y a un bon quatre centimètres de sloche, très lourde à pelleter… Il a pourtant fait -20°C la nuit passée. N’y comprenant rien, nous laissons ça comme ça et décidons de partir en ski de fond sur le lac apparemment gelé.

On voit de grandes sections de glace couvertes de sloche ou d’eau. On les contourne, mais rebroussons vite chemin parce qu’on ne connaît pas vraiment le comportement de la glace, on entend de gros craquements et ça nous effraie beaucoup.

Nous allons ensuite au village où l’on nous explique que le poids de la neige fait descendre la glace et que l’eau monte par-dessus. On nous dit aussi que la glace craque et que de grandes plaques peuvent s’écarter soudainement et laisser des chemins d’eau qui gèlent par la suite. Perplexes, nous nous demandons si nous referons du ski sur le lac.

Bibliothèque

Nous allons voir les dames à la bibliothèque. Elles nous apprennent qu’à l’époque où leurs maris travaillaient pour la Singer – elles sont maintenant toutes veuves – il y avait deux mondes: les travailleurs et les boss. Les deux ne se connaissaient pas, ne se voyaient pas. Elles en disent peu sur ce qui se passait en haut à l’auberge Singer qui n’était qu’à deux kilomètres de leur village. Elles mentionnent avec un petit sourire qu’il y avait peut-être, mais sous toute réserve, de petites parties fines quoique, s’empressent-elles de dire, «c’était surtout réservé pour la chasse et la pêche». Il y avait même un golf construit à l’emplacement du camping actuel au lac Simon. Elles nous apprennent tout de go qu’en 39-45, durant la Deuxième Guerre mondiale, une cinquantaine de prisonniers allemands étaient venus travailler dans un camp pour le prolongement de la voie ferrée de la Singer. Ces hommes avaient été arrêtés sur un navire de pêche allemand intercepté dans les eaux territoriales canadiennes.

Elles confirment ce que M. Levert nous avait déjà mentionné à l’effet que plus de 200 travailleurs dont leur père, leur mari, leurs fils restaient six jours par semaine durant tout l’hiver au camp. Ils étaient si bien nourris nous disent-elles en souriant qu’ils trouvaient moins bien à manger à la maison.

Dans Si Duhamel m’était conté, livre du centenaire (1989), on parle de Mme Georgina Levac qui avait fort à faire au début de la colonisation. C’était avant que la Singer achète la concession forestière. Elle était sage-femme et le gouvernement donnait un lot de terre supplémentaire à la naissance du 13e enfant dans la même famille.

On raconte encore que, durant la crise de 1929, Duhamel avait été cruellement frappée et que, pour manger, compte tenu de l’épaisseur de la neige qui gênait les chevreuils dans leurs déplacements, les gens réussissaient à en tuer avec un bon coup de bâton. Aujourd’hui, les chevreuils n’ont plus rien à craindre à Duhamel en hiver, la population les a adoptés et les nourrit abondamment. D’ailleurs, le festival Diableries du chevreuil se tenait cette année les 28 et 29 janvier dernier.

Ski de fond

En rentrant au chalet, nous cordons le bois de chauffage qui nous a été livré par M. Levert et nous partons faire une petite randonnée de ski de fond sur les pistes de Skira dans la Réserve faunique Papineau-Labelle, à quelques kilomètres du chalet. La piste Ernestine nous attendait, encore toute vierge avec ses 30 cm de poudreuse. Que de bonheur de glisser sur cette ouate le long d’un sentier qui circule en forêt et qui rejoint la rivière Ernest. Elle chante d’une voix cristalline en passant dans les petites cascades avant de plonger sous la neige et la glace et réapparaître trois méandres plus loin, timide, silencieuse et miroitante au soleil. La tête pleine de ces images, de cette poésie, nous nous sommes perdus en forêt sur quelques kilomètres avant de retrouver la piste. Petite frayeur vite oubliée en arrivant à l’accueil Gagnon au soleil couchant parce qu’on savoure pleinement la «vraie vie» et pour nous, les «vraies vacances» à Duhamel.

Duhamel – 450 km2 de forêts, montagnes, lacs et rivières – Paradis des amis des chevreuils – Autant de chevreuils que de monde au village en hiver

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