Date limite des transactions dans la LNH: le dilemme de Marc Bergevin

La chronique hockey de Martin McGuire

Publié le 27 février 2017

Marc Bergevin, directeur général du Canadien

©PC

Comme vous le savez, nous entrons dans une période assez charnière dans le LNH: la date limite des transactions a été placée au 1er mars. Nous n'y sommes pas encore, mais… le Canadien a bougé en acquérant un défenseur gaucher tant convoité en la personne de Jordie Benn des Stars de Dallas.

Le directeur général (DG) Marc Bergevin fait face à un dilemme important: l'équipe arrive à un tournant de son évolution. Comme nous avons souvent discuté, le noyau formé de Max Pacioretty et Carey Price, entre autres, est arrivé à maturité.

Par contre, si Bergevin souhaite profiter de la fenêtre d'opportunités, il doit améliorer son équipe de façon assez importante. La question: est-ce qu'il doit faire des modifications importantes et sacrifier trop pour améliorer une équipe qui est arrivée à sa pleine maturité?

Le changement d'entraîneur qui a bouleversé les plans la semaine dernière a démontré une chose: les dernières semaines n'ont pas été rassurantes face aux performances de l'équipe. Le message envoyé aux adversaires n'as pas été percutant.

Le Canadien (CH) s'accroche désespérément à sa première position dans la division Atlantique, la plus faible dans de la LNH, mais son avance ne tient qu'à un fil.

Les enjeux pour le DG sont majeurs. D'abord, pour avoir de l'aide immédiatement et pouvoir ajouter à son équipe un défenseur capable d'évoluer sur un premier duo avec Shea Weber et maximiser la transaction qui lui a permis de mettre la main sur lui.

Le prix risque d'être très élevé; les bons défenseurs capables d'évoluer sur un premier trio ne sont pas disponibles. Quelques candidats comme Dimitri Kulikov des Sabres de Buffalo ou le vétéran Johnny Oduya des Stars de Dallas sont encore disponibles. Encore là, on ne parle pas de joueurs pouvant transformer la brigade défensive du CH.

Ce qui place le DG dans un dilemme concernant sa ligne bleue, c'est qu'une fois encore, un choix de première ronde ne vient pas à maturité et ne devient pas un joueur d'impact. Nathan Beaulieu arrive à 23 ans. Il a certes encore l'opportunité de s'améliorer, mais il n'est pas la solution. Ce serait si facile si le jeune avait pu répondre aux promesses placées en lui.

À l'attaque, les besoins sont aussi criants. Avec un gardien de premier plan comme Price et une défensive honorable, le Canadien peut défendre, mais même sous la férule de Claude Julien, il a montré que les buts sont difficiles à obtenir.

Certains disent que les problèmes sont au centre, d'autres à l'aile gauche, mais que ce soit un ou l'autre, les besoins sont si importants, que Marc Bergevin devrait obtenir un attaquant de premier plan tel Matt Duchene ou Gabriel Landesgkog au Colorado et sacrifier un futur qu'il considère précieux.

Mis à part Beaulieu, Bergevin est placé dans un dilemme important puisqu'un autre jeune de l'organisation, Nikita Scherbak, tarde aussi à se développer. Michael McCarron montre des flashs intéressants, mais nous savons tous qu'il ne comblera pas les besoins sur les deux premiers trios.

Radulov et Galchenyuk

Le CH ne développe pas bien son talent, n'a pas obtenu ce qu'il escomptait de certains de ses choix de première ronde.

Le dossier Alexander Radulov en est un bon exemple: attiré à Montréal par 5,5 millions $ et par la promesse qu'il retrouverait la respectabilité sous les projecteurs de la LNH grâce à la Sainte-Flanelle, Radu veut la combinaison du coffre.

Une information qu'a laissée circuler les réseaux ESPN et  Sportsnet voudrait que Radulov demande 6 millions $ annuellement et que le Russe de 31 ans soit à la recherche d'un contrat de 6 ans. Ça nous l'attacherait jusqu'à 37 ans! Si cela est vrai, le DG se retrouvera face à tout un dilemme.

Le fait qu'il n'ait pas dans ses filiales un successeur digne de prendre la place de Radulov forcera Bergevin à faire une entourloupette pour essayer de le garder à Montréal. C'est essentiel pour le CH d'avoir un ailier de talent comme Radulov pour maximiser la fenêtre d'opportunités. Mais 6 millions $ c'est beaucoup d'argent et 6 ans c'est trop long. Radu est un valeureux guerrier, il met beaucoup d'intention sur la patinoire, mais il n'appartient pas à la catégorie des 6 millions $. Son agent a beau le penser, si le CH s'attache les mains comme ça, il le regrettera.

L'exemple est flagrant avec Tomas Plekanec; le 14 du CH, aussi bon employé qu'il est et qu'il fut, aussi louangé par ses entraîneurs, coûtera la somme de 7 millions $ l'an prochain.

Pour ajouter au dilemme, il y a le cas Alex Galchenyuk, un agent libre sans restriction à la fin de l'année. Si on exclut la dernière saison écourtée en raison d'une blessure au genou subie à Los Angeles, il peut revendiquer sa place dans le club des 30 buts, car il l'a fait l'année d'avant avec un club démoralisé et perdant. Il est âgé d'à peine 22 ans, imaginez ce qu'il pourrait faire avec un excellent club et trois ans de plus d'expérience. Le clan Galchenyuk résistera très fort quand le DG essaiera de sauver la chèvre et le chou, soit quand il tentera de garder Galchenyuk tout en tentant de freiner l'inflation du salaire. La partie adverse ne se couchera pas si facilement. L'agent de Galchenuyk, Pat Brisson, connaît la valeur de son client. La partie n'est pas gagnée, car un compteur de 30 buts, c'est rare. Et Radulov ne marquera pas 30 buts cette année…

Gallagher, Lekhonen et Markov

Les deux blessures consécutives à la main de Brendan Gallagher ont également apporté certaines réflexions. Gallagher est un employé de cœur pour le CH. Son contrat est signé pour encore quelques saisons. Mais lui aussi a montré des signes de ralentissement sur le plan offensif. Sera-t-il un marqueur de 15 buts ou encore un marqueur de 25 buts? Cela place le Canadien dans une position d'incertitude.

Le jeune Artturi Lekhonen démontre de bons flashs, mais pour une équipe qui a des ambitions de championnat, sur le top 6, ce n'est pas encore assez. Si les défenseurs Noah Juulsen et Mikhail Sergachev sont presque intouchables chez le Tricolore, c'est parce que Bergevin craint d'avoir besoin très bientôt de ces deux jeunes hommes. Andrei Markov ralentira un jour, c'est déjà commencé, et ça ne s'améliorera pas. Lui aussi, soit dit en passant, fait partie du dilemme, puisqu'à la fin de la saison, on devra décider si on le garde ou pas.

La grande vedette de l'équipe, Carey Price, deviendra rapidement le centre d'attraction. Price entamera la dernière année de son entente contractuelle. Vous et moi pouvons facilement penser qu'il pourra revendiquer une des plus grosses paies, sinon la plus grosse paie de la LNH. Bergevin ne bénéficie plus que d'une seule année pour convaincre Price de signer un lucratif contrat le plus longtemps possible.

Deux défis

D'ici là, deux défis: colmater les brèches avant la date limite du 1er mars serait un tour de magie, ou encore attendre la période estivale. Dans les deux cas, il faudra être imaginatif et peut-être même réaliser un petit coup de magie. Cela même si le dollar canadien n'a pas assez de vigueur pour faire remonter le plafond salarial.

Un bon ami à moi me disait récemment que Marc Bergevin a eu de la chance lorsqu'il a pu troquer Subban pour Weber. Il a pris tout le monde par surprise. Il a aussi eu de la chance quand il a pu remplacer Michel Therrien par Claude Julien, coupant l'herbe sous le pied à Vegas et d'autres équipes prêtes à offrir un pont doré à Julien.

Ce même ami finissait sa phrase par : «est-ce qu'il sera chanceux une troisième fois?» Les prochains jours nous le diront!

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