Les animaux et les algues bleues

Vous aurez sans doute compris qu'il ne faut pas laisser votre animal préféré s'approcher d'un plan d'eau contaminé par les algues bleues. Il pourrait en mourir.
Avec l’été et les canicules arrivent souvent les algues bleues. La période de canicule vécue il y a quelques semaines favorisant l’apparition de cet organisme, cela m’a donné l’idée de vous entretenir sur le sujet. Évidemment, plusieurs se questionnent déjà sur le rapport avec les animaux. Patience, j’y viens.
Les cyanobactéries, connues aussi sous le nom d’algues bleues, deviennent les fleurs d’eau lorsque certaines prolifèrent. La poésie est au rendez-vous! On peut ainsi les nommer parce qu’elles possèdent à la fois les caractéristiques des bactéries et des algues. Leur couleur particulière leur permet de faire de la photosynthèse, exactement comme une plante. Lorsqu’il y a prolifération, on parle d’efflorescence.
Il s’agit d’un accroissement rapide d’une espèce de cyanobactérie aux dépens des autres. Il y aura un changement de couleur et l’eau prendra un aspect peu esthétique. Certaines ont la capacité d’emmagasiner du gaz à l’intérieur de leur paroi cellulaire, ce qui leur procure la capacité de flotter, d’où l’écume parfois observée à la surface de l’eau. Pour que l’efflorescence se produise, deux éléments doivent être présents: il doit y avoir un excès de nutriments (le phosphore et l’azote qu’on retrouve à la suite de l’utilisation de plusieurs engrais) et la stabilité de l’eau (lors d’une période de canicule par exemple).
Certaines cyanobactéries sont plus dangereuses pour la santé animale que d’autres puisqu’elles produisent des hépatotoxines et des néphrotoxines, des substances poison pour le foie et les reins.
Précautions
Pourquoi vous en parler aujourd’hui? Parce que tous les étés, des plans d’eau sont interdits à la baignade à cause des algues bleues. Jusqu’à maintenant, l’été que nous avons nous épargne à cause des précipitations régulières qui font bouger la surface de l’eau, mais ce n’est pas toujours ainsi et les proliférations de cyanobactéries semblent en augmentation partout dans le monde. Nos animaux sont tout aussi à risque que nous de s’intoxiquer lors de jeux dans un environnement contaminé ou lors de consommation d’eau où l’on retrouve des toxines.
Les signes cliniques vont évidemment varier selon le type de toxine. Mais au-delà de cette observation, peu de données sont connues. Nous avons bien quelques observations effectuées à la suite de l’intoxication expérimentale d’animaux de laboratoire: tremblements musculaires, titubations avant l’effondrement de l’animal, respiration difficile, gencives bleutées, hypersalivation.
Le diagnostic doit donc se faire tout d’abord grâce à l’histoire (le type de vie de l’animal, ses activités récentes) et les données épidémiologiques (y a-t-il ou non des plans d’eau contaminés dans les régions que fréquente cet animal). Des symptômes nerveux apparus rapidement après une baignade ou l’ingestion d’eau douce ainsi qu’une évolution rapide très rapide (la mort survient parfois dans un délai aussi court que 30 minutes, sans soins) peuvent faire penser à une intoxication par les cyanobactéries si aucune autre cause n’est identifiée.
Mortalité
Comme tout va très vite, le taux de mortalité est très grand. Et même avec une nécropsie, le diagnostic est difficile parce qu’une analyse détaillée du contenu de l’estomac par un laboratoire expérimenté est nécessaire. Vous comprendrez qu’on sous-estime probablement le nombre que nous avons, faute de les reconnaître adéquatement. Et ça, c’est lorsqu’ils se rendent jusqu’à nous.
Fort heureusement, un traitement existe. Il s’agira tout d’abord de stabiliser les fonctions cardiorespiratoires de l’animal puis de lui administrer une combinaison subtile d’anticonvulsivants, combinée à un nettoyage efficace de l’estomac tout en travaillant rapidement.
Nous sommes chanceux au Québec d’avoir un système de surveillance des plans d’eau qui réfléchit pour nous et propose des recommandations qu’il ne nous reste qu’à respecter.
Gardez tout de même l’oeil ouvert et au moindre doute de changement de couleur de l’eau, gardez Pitou en laisse, on ne sera jamais trop vigilant.
Vous pouvez rejoindre mon équipe de la Clinique vétérinaire Mont-Saint-Grégoire et moi-même par téléphone, au 450 347-7070.






















