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«Des outils payants pour l’acériculture» -Serge Beaulieu

Serge Beaulieu, président de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, était de passage à Saint-Jean-sur-Richelieu pour prononcer une conférence sur les outils mis en place pour remettre de l'ordre dans cette production qui a déjà connu des années difficiles. (Photo Rémy Boily)

Les outils mis en place au cours de la dernière décennie ont permis de discipliner les acériculteurs du Québec afin qu’ils n’aient plus à revivre les années marquées par de lourds inventaires et des prix en forte baisse. L’instauration de ces mesures n’a pas fait l’affaire de tout le monde, reconnaît d’emblée le président de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, Serge Beaulieu, mais le redressement de la situation observé depuis quelques années tend à démontrer que c’était sans doute la chose à faire.

Ce producteur d’Ormstown, une petite municipalité de la région de Saint-Jean-Valleyfield, agissait à titre de conférencier invité lors du dîner du Club Agri-rencontre de la Montérégie qui a eu lieu le 25 mars dernier, à l’érablière Au pain de sucre, à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Après un repas typique du temps des sucres, M. Beaulieu a dressé un sombre portrait de la situation qui prévalait au tournant des années 2000. Il a entre autres parlé d’une crise majeure pour décrire des années difficiles qui ont vu des transformateurs déclarer faillite et des producteurs se contenter de revenus qui ne tenaient pas compte de leurs coûts de production. C’est sans oublier les lourds dommages occasionnés par le grand verglas. Bref, ça n’allait pas bien.

«Ce changement de cap a commencé en 2000, alors qu’il a été décidé de supporter les inventaires, raconte-t-il. On vivait une véritable crise avec des inventaires de 20 millions de livres de sirop et des prix extrêmement bas. Il a entre autres fallu obtenir un prêt personnel du gouvernement du Québec pour soutenir ces inventaires.»

Des outils
En 2002, une agence de vente a été mise en place malgré l’opposition d’un certain nombre d’acériculteurs qui ne voulaient pas se plier aux exigences d’une telle structure. Trois ans plus tard, après de longues et difficiles assemblées de consultation, la Fédération des producteurs acéricoles a décidé d’aller de l’avant avec l’instauration d’un contingentement basé sur l’historique de chaque entreprise qui écoule sa production en vrac.

«Il fallait faire quelque chose, et vite, lance Serge Beaulieu, l’un des quatre actionnaires d’une entreprise familiale qui procède à environ 28 000 entailles chaque année. À ce moment-là, nous devions supporter et financer un inventaire qui totalisait 60 millions de livres de sirop d’érable. La situation était devenue intenable. Les discussions pour un contingentement ont été assez ardues, mais assez rapidement, la situation a commencé à s’améliorer.»

Tout en prenant les dispositions pour équilibrer l’offre à la demande, les producteurs ont connu de faibles récoltes durant trois années d’affilée, ce qui a fait en sorte qu’en 2008, le lourd inventaire à supporter avait disparu comme par magie. «Cela a créé énormément de stabilité dans l’industrie, tant du côté des producteurs que des transformateurs.

Marchés
En 2009, les acériculteurs ont connu une année record avec une production de 109 millions de livres de sirop d’érable, alors que les besoins du marché sont estimés à 90 millions de livres. La récolte de 2010 a par contre été décevante. Au début de l’année en cours, les inventaires étaient d’environ 17 millions de livres, une donnée qui n’aurait rien d’inquiétant dans le contexte actuel.

«Étant donné que les producteurs recevront un peu moins d’argent pour leur sirop, je m’attendais à une tournée provinciale difficile cette année. Ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. Les producteurs reconnaissent que les outils dont nous profitons présentement (agence de vente, contingentement, paiements anticipés, assurance-récolte, etc.) ont grandement contribué à redresser la situation. La convention a d’ailleurs été très bien acceptée. Il n’y a pas eu d’arbitrage», note M. Beaulieu.

Des chiffres
En se disciplinant de la sorte et en investissant de l’argent dans la recherche et le développement de nouveaux marchés, les producteurs du Québec voient maintenant leurs produits faire fureur aux États-Unis et au Japon. Pas moins de 75% de la production est d’ailleurs exportée à l’étranger. «Depuis que notre sirop d’érable est reconnu comme un produit ayant des antioxydants, c’est incroyable de voir l’engouement que ça suscite. La demande mondiale se développe rapidement et nous avons maintenant les outils pour y faire face», de conclure M. Beaulieu.

Notons que l’industrie acéricole a généré des revenus bruts de 270 M$ en 2009 et procuré de l’emploi à environ 13 000 personnes. Présentement, 700 producteurs figurent sur la liste d’attente mise en place par la Fédération. On estime qu’il serait possible de doubler la production si on le voulait. Il faudra toutefois continuer à développer de nouveaux marchés avant d’en arriver là.