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Un non massif au projet éolien de Saint-Valentin aux audiences du BAPE

La deuxième partie de l’audience du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) du Québec a pris fin jeudi après-midi au Centre Paulinoix à Saint-Paul-de-l’ÃŽle-aux-Noix comme elle avait commencée: par un non retentissant au projet de parc éolien à Saint-Valentin (21 éoliennes) et Saint-Paul (4).

Durant les quatre jours d’audience, 82 mémoires écrits et 4 oraux ont été présentés devant les commissaires, le président Pierre André, et son collègue Jean-François Longpré. Le compte final? 16 en faveur et 70 contre.

Par ailleurs, le BAPE a indiqué qu’un grand total de 233 mémoires ont été soumis à la commission. Selon les commissaires, c’est 100 de plus que le nombre de mémoires qui avaient été présentés sur la démolition de l’échangeur Turcot à Montréal et son remplacement par un nouvel échangeur autoroutier.

Tous les mémoires seront disponibles sur le site internet du BAPE (www.bape.gouv.qc.ca) dans la section des Mandats en cours sous la rubrique Projet éolien de Saint-Valentin, y compris ceux qui n’ont pas été présentés publiquement à l’audience de Saint-Paul. Ces derniers seront disponibles durant les prochains jours.

Si les mémoires présentés au public sont une bonne indication, il apparaît évident que la très forte majorité des mémoires non lus publiquement iront dans le même sens. Le verdict populaire est donc tombé. C’est un rejet massif du projet de la compagnie TransAlta, qui l’avait racheté de la firme TCI Renewables en 2010. TCI avait formé une entité commerciale pour s’occuper de ce projet, la firme Venterre.

Des inquiétudes partagées

La plupart des craintes exprimées lors de l’audience tournaient autour des mêmes préoccupations: le bruit, les effets sur la santé, la valeur des propriétés, la perte de terres agricoles, et l’impact visuel.

Certains mémoires des simples citoyens n’avaient que quelques pages alors que d’autres en comptaient 10, 15, 20 et même plus de 30 pages. De toute évidence, les gens ont vraiment pris le temps de se pencher sur la question et de mettre leurs préoccupations par écrit. Fait à signaler, et c’est un commissaire qui l’a fait remarquer, il n’y a pas eu de «copier-coller» dans ces mémoires même si la plupart exprimaient des craintes similaires.

Les mémoires provenaient de toute la région. De Saint-Valentin bien sûr, mais aussi de Lacolle, de Saint-Paul-de-l’ÃŽle-aux-Noix, de Saint-Bernard-de-Lacolle, de Saint-Blaise-sur-Richelieu, de Saint-Cyprien-de-Napierville, de Napierville, etc.

Impact sur la faune

Plusieurs mémoires ont attaqué la crédibilité de l’étude d’impact environnemental réalisée par le promoteur. Bien des doutes ont été exprimés sur la validité de certaines données, notamment en ce qui concerne les risques pour les oiseaux migrateurs et les chauve-souris. Le promoteur soutient que les risques sont minimes. Mais bien des gens ne le croit pas, surtout après qu’ils eurent entendus un biologiste d’Environnement Canada soulever le spectre d’une «catastrophe potentielle pour les oies blanches et les bernaches» lors de la première partie de l’audience au début du mois de mars à Saint-Valentin.

Sous-sol instable

D’autres critiques ont fait ressortir le fait que le promoteur aurait sous-estimé le problème de la solidité du sol. En effet, sous la couche de terre de surface, le sous-sol est très glaiseux et le promoteur a indiqué qu’au moins 19 des 25 éoliennes projetées devront être érigées sur des pieux qui devront descendre jusqu’au roc. Plusieurs craignent que la voûte de la nappe phréatique ne soit défoncée et que l’eau souterraine devienne polluée et non potable.

Valeur des propriétés

Un agent d’immeuble est venu dire que le marché de l’immobilier dans la région est maintenant menacé par le projet. Il a consulté plusieurs agents et tous disent la même chose: bien des gens veulent vendre parce qu’ils craignent la venue des éoliennes. Plusieurs acheteurs potentiels qui avaient démontré de l’intérêt pour des propriétés ont indiqué qu’ils attendraient la décision du gouvernement avant de déposer ou non une offre d’achat. Le promoteur d’un projet de condos de luxe à Saint-Paul aurait affirmé à des agents immobiliers que les ventes sont au point mort.

Le président de la Commission, Pierre André, a indiqué qu’il avait demandé au ministère des Affaires municipales de produire un rapport sur l’effet de la présence d’éoliennes sur la valeur des propriétés situées à proximité. À ce stade-ci du développement de l’éolien au Québec, c’est évidemment sur la situation en Gaspésie que l’étude va essentiellement porter. L’étude devrait être disponible autour de Pâques. On sait que le promoteur affirme que les éoliennes n’ont que très peu d’impact négatif sur la valeur des propriétés. De toute évidence, les opposants ne le croient pas.

Risques pour la santé

Au sujet des risques potentiels pour la santé, une pédiatre américaine, la Dre Nina Pierpont est venue affirmer, dans un mémoire de 120 pages, que de vivre à proximité d’éoliennes peut causer des problèmes allant de légers à graves à au moins 12% de la population. Elle a publié un livre à ce sujet, Wind Turbine Syndrome, dans lequel elle a échafaudée sa thèse du «syndrome éolien». Elle s’est fondée sur des entrevues téléphoniques avec dix familles, totalisant 38 personnes, vivant au Canada (5), en Europe (4) et aux États-Unis (1 famille). Selon elle, 18% des personnes de sexe féminin et 6% des personnes de sexe masculin auraient souffert de divers problèmes allant du sommeil perturbé, aux étourdissements, aux nausées, aux migraines et maux de tête, et aux pertes d’équilibre entre autres lorsqu’elles vivaient à des distances de 1000 à 1500 mètres d’éoliennes. Ces problèmes seraient causées par les basses fréquences, les infrasons, émises par les éoliennes, que très peu de personnes peuvent entendre. C’est pourquoi elle recommande une distance minimale de 2000 mètres entre des éoliennes et des maisons habitées.

Une médecin québécoise, Dre Francine Cotte, de la région Centre-du-Québec, est venue l’appuyer. Elle fait partie d’un groupe de 58 médecins québécois qui ont envoyé une pétition au gouvernement du Québec demandant d’interrompre tous les projets éoliens en cours et de retarder ceux qui sont projetés d’ici à ce que des études approfondies soient faites sur le sujet.

Mais voilà, la thèse de Dre Pierpont a été taillée en pièces par l’Association Canadienne des Médecins pour l’Environnement qui a affirmé que sa thèse n’a aucun fondement scientifique. Dans son mémoire, l’Association déclare: «Il n’y a pas, à notre avis et selon la documentation (scientifique et d’opinion) consultée, de lien direct démontré scientifiquement entre les éoliennes et un effet potentiel ou réel sur la santé dans la mesure où la règlementation actuelle est respectée.»

L’Association affirme que la thèse de Dre Pierpont n’a aucun fondement scientifique parce qu’elle a été développée uniquement à partir d’entrevues téléphoniques, sans consultation face-à-face avec les personnes concernées, et avec un échantillon beaucoup trop faible. Pour affirmer que les éoliennes représentent, ou ne représentent pas, un danger pour la santé, il faudrait une étude épidémiologique sur des centaines, voire des milliers de personnes vivant à proximité d’éoliennes.

L’Association dit qu’il n’y a actuellement que très peu de documents crédibles sur cette question. Trois études ont été citées, celle de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail, celle de l’Institut national de santé publique du Québec, et le Rapport du médecin hygiéniste en chef de l’Ontario. Ces études démontreraient «qu’il n’y a pas d’effet physiologique direct causé par les éoliennes, que ce soit par les infrasons, les champs électromagnétiques, le phénomène d’ombres mouvantes, ou par le bruit qu’elles produisent lorsque celui-ci est suffisamment bas pour ne pas causer de perturbation du sommeil.» Selon l’Association, des études réalisées en Suède et aux Pays-Bas  démontrent que la perception de nuisance est fortement reliée à l’attitude des gens par rapport au projet éolien.

Les terres agricoles

Le Syndicat de base l’UPA (Union des producteurs agricoles) de Lacolle et celui de Napieerville, de même que la Fédération de l’UPA Saint-Jean-Valleyfield, ont complètement démoli le projet de parc éolien de Saint-Valentin.

L’UPA a dit qu’il y a 10 ans, le territoire agricole occupait une superficie de 2% du Québec. Aujourd’hui, il en reste 1,8%. L’UPA craint que la réalisation éventuelle du projet de Saint-Valentin puisse être une invitation à d’autres promoteurs de parcs éoliens à venir s’installer dans la région: «À notre avis, ceci aurait pour conséquence de créer un effet d’entraînement désastreux sur notre territoire agricole déjà trop sollicité et très fragilisé.» Le parc éolien de Saint-Valentin occuperait 9 hectares de territoire agricole de catégories 1 et 2, soit parmi les meilleures au Québec. Cela peut sembler très peu mais, selon l’UPA, qui sait ce qui risque d’arriver à plus ou moins long terme?

Ces inquiétudes ont été rejetées du revers de la main par des producteurs agricoles qui ont signé pour accepter des éoliennes sur leurs terres. Quelques-uns sont venus affirmer que la terre excavée pour les fondations des éoliennes va pouvoir servir à remplir des fossés et des trous et donc agrandir l’espace cultivable sur leur ferme, ce qui sera positif pour eux.

Un groupe comme Équiterre est d’ailleurs venu appuyer ces affirmations en déclarant que le projet éolien de Saint-Valentin n’occupera qu’une parcelle infime du territoire agricole de la région et ne constituera, en aucune façon, une menace pour la vocation agricole de la région.

Mais d’autres ont exprimé des craintes d’un autre ordre, comme la profondeur à laquelle les câbles de 34 500 volts qui vont relier les éoliennes entre elles seront enfouis, soit entre 1,5 et 2 mètres. Des électriciens sont venus dire qu’en creusant pour réparer des drains souterrains, des agriculteurs pourraient risquer d’être électrocutés s’ils accrochent par accident ces câbles électriques.

Parlant d’électricité, beaucoup d’agriculteurs se sont dits furieux de la ligne électrique de 120 000 volts qui devra être construite entre le parc éolien de Saint-Valentin et la station d’Hydro-Québec à Napierville si le projet va de l’avant. Cette ligne d’environ 6 km et constituée d’une bonne vingtaine de pylônes, devra passer sur des terres agricoles de Saint-Cyprien-de-Napierville. Les propriétaires de ces terres se verront imposer une servitude obligatoire. Même s’ils seront compensés financement par Hydro-Québec, ils ne digèrent tout simplement pas la construction de cette infrastructure sur leurs terres.

Information et consultations

Beaucoup d’intervenants ont dit  avoir été très mal informés de la teneur du projet, et très peu consultés. Cela est revenu très souvent dans les mémoires. Même si le promoteur dit que depuis 2006, plus d’une cinquantaine d’activités d’information et de consultation ont été organisées avec les différents acteurs du milieu, la perception générale est que TCI d’abord, puis TransAlta ensuite, n’ont pas été si visibles que ça. Bien des gens ont fait remarquer que, sauf pour les trois journées «portes ouvertes» de mai 2007, juin 2008 et décembre 2010, il n’y a eu aucune rencontre pour le grand public.

Il y a évidemment eu beaucoup de rencontres avec les municipalités de Saint-Valentin, Saint-Blaise, Saint-Paul, Saint-Bernard et Saint-Cyprien, la MRC du Haut-Richelieu, la Chambre de commerce, les dirigeants du Festival de montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu, les syndicats de l’UPA, l’Office du Tourisme du Haut-Richelieu, les députés fédéraux et provinciaux, etc. Mais rien n’y fait, la perception populaire est que la population n’a pas été consultée ni suffisamment bien informée.

Les citoyens parlent

Ces audiences ont été un incroyable exercice de démocratie populaire. D’abord la première audience, du 8 au 11 mars, où le public (de 75 à plus de 200 personnes par séance) pouvait poser des questions au promoteur et autres intervenants d’entreprises et de ministères impliqués, puis celle du 4 au 7 avril, pour la lecture publique des mémoires. La très vaste majorité des mémoires présentés à la commission l’ont été par de simples citoyens. En fait, il n’y a pas eu plus de 20 organismes, regroupements, associations et municipalités à présenter des mémoires. Tout le reste, soit 66, l’ont été par des citoyens.

Il faudra quelques jours pour savoir qui a fait parvenir les 147 autres mémoires qui n’ont pas été lus en public lors de l’audience. On sait cependant que la municipalité de Saint-Valentin en a présenté un, mais on ne connaîtra sa teneur que d’ici une semaine environ.

Fait à remarquer, les audiences de lundi, mardi et mercredi soir ont attiré plus de 150 personnes chaque fois. Celles de mardi, mercredi et jeudi après-midi, entre 50 et 75 personnes. Elles provenaient de partout dans la région. Cela confirme ce que plusieurs maires soutiennent, soit que le projet de Saint-Valentin n’est pas juste le projet de Saint-Valentin mais bien celui de toute la région car les éoliennes, si elles sont construites, seront visibles de toutes les municipalités environnantes.

En prenant en compte le critère de «l’acceptabilité sociale», il a été clair, tout au long de l’audience, que celle-ci n’est vraiment pas au rendez-vous. Certains ont suggéré qu’il faudrait des référendums ou un grand sondage régional pour en avoir le coeur net. Cela n’est pas si simple, surtout dans le cas des référendums qui sont compliqués à organiser, coûtent cher, et ne seront pas nécessairement reconnus par le gouvernement provincial.

Après le public, la parole appartient maintenant au BAPE. Le président de la Commission d’enquête, Pierre André, et le commissaire Jean-François Longpré, vont éplucher les 233 mémoires ainsi que tous les documents techniques qui ont été remis à la Commission ces dernières semaines et ces derniers mois. Ils devront remettre leur rapport au ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Pierre Arcand, au plus tard le 20 juin. À partir de là, le ministre aura 60 jours pour le rendre public et trancher, en faveur ou non, du projet. Sa décision sera certes attendue avec impatience!


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Il y a présentement Un commentaire pour cet article

  1. Bonjour,

    Très bon article M. Larochelle mais, une petite rectification et une précision.

    Rectification (facile à valider avec les autorités):
    La Municipalité de St Blaise-sur-Richelieu n’a jamais, été consultée par TransAlta au sujet du parc éolien de StValentin. Et celà a été dit au BAPE pour fin de rectification car TransAlta l’avait écrit dans ses études. La chargée de projet, Mme Turgeon, a alors répondu que malheureusement c’était TCI qui avait écrit cela et qu’elle c’était TransAlta. Alors il était difficile de faire le suivi. Cela promet.

    Précision: Le Dr Notaebert aurait dû assister au mémoire du Dre Pierpont. Il aurait appris que les études épidémiologiques sur les impacts des éoliennes sont presqu’impossible à faire sans que le gouvernement annule les clauses de silence qu’imposent les exploitants aux riverains d’éoliennes avec qui ils ont des ententes. Les riverains ne doivent pas parler des inconvénients qu’ils subissent. Dre Pierpont a eu l’intégrité de ne pas se servir de son titre de médecin pour donner son opinion sur le projet de St Valentin. Elle a livré le fruit de ses recherches, entérinées par des pairs. Le Dr Notaebert a, quant à lui, utilisé son titre de médecin pour faire de la politique et vendre sa salade perpétuelle anti-nucléaire, qui regarde très peu le Québec. De plus, il perd sa crédibilité lorsqu’on regarde les références de son mémoire déposé au BAPE projet St Valentin et que l’on constate qu’il se base sur des études commanditées par l’industrie éolienne (Robert MCCunney entre autre). Je crois que le BAPE ne sera pas dupe. Merci.

Actualité

Un non massif au projet éolien de Saint-Valentin aux audiences du BAPE

La deuxième partie de l’audience du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) du Québec a pris fin jeudi après-midi au Centre Paulinoix à Saint-Paul-de-l’ÃŽle-aux-Noix comme elle avait commencée: par un non retentissant au projet de parc éolien à Saint-Valentin (21 éoliennes) et Saint-Paul (4).

Durant les quatre jours d’audience, 82 mémoires écrits et 4 oraux ont été présentés devant les commissaires, le président Pierre André, et son collègue Jean-François Longpré. Le compte final? 16 en faveur et 70 contre.

Par ailleurs, le BAPE a indiqué qu’un grand total de 233 mémoires ont été soumis à la commission. Selon les commissaires, c’est 100 de plus que le nombre de mémoires qui avaient été présentés sur la démolition de l’échangeur Turcot à Montréal et son remplacement par un nouvel échangeur autoroutier.

Tous les mémoires seront disponibles sur le site internet du BAPE (www.bape.gouv.qc.ca) dans la section des Mandats en cours sous la rubrique Projet éolien de Saint-Valentin, y compris ceux qui n’ont pas été présentés publiquement à l’audience de Saint-Paul. Ces derniers seront disponibles durant les prochains jours.

Si les mémoires présentés au public sont une bonne indication, il apparaît évident que la très forte majorité des mémoires non lus publiquement iront dans le même sens. Le verdict populaire est donc tombé. C’est un rejet massif du projet de la compagnie TransAlta, qui l’avait racheté de la firme TCI Renewables en 2010. TCI avait formé une entité commerciale pour s’occuper de ce projet, la firme Venterre.

Des inquiétudes partagées

La plupart des craintes exprimées lors de l’audience tournaient autour des mêmes préoccupations: le bruit, les effets sur la santé, la valeur des propriétés, la perte de terres agricoles, et l’impact visuel.

Certains mémoires des simples citoyens n’avaient que quelques pages alors que d’autres en comptaient 10, 15, 20 et même plus de 30 pages. De toute évidence, les gens ont vraiment pris le temps de se pencher sur la question et de mettre leurs préoccupations par écrit. Fait à signaler, et c’est un commissaire qui l’a fait remarquer, il n’y a pas eu de «copier-coller» dans ces mémoires même si la plupart exprimaient des craintes similaires.

Les mémoires provenaient de toute la région. De Saint-Valentin bien sûr, mais aussi de Lacolle, de Saint-Paul-de-l’ÃŽle-aux-Noix, de Saint-Bernard-de-Lacolle, de Saint-Blaise-sur-Richelieu, de Saint-Cyprien-de-Napierville, de Napierville, etc.

Impact sur la faune

Plusieurs mémoires ont attaqué la crédibilité de l’étude d’impact environnemental réalisée par le promoteur. Bien des doutes ont été exprimés sur la validité de certaines données, notamment en ce qui concerne les risques pour les oiseaux migrateurs et les chauve-souris. Le promoteur soutient que les risques sont minimes. Mais bien des gens ne le croit pas, surtout après qu’ils eurent entendus un biologiste d’Environnement Canada soulever le spectre d’une «catastrophe potentielle pour les oies blanches et les bernaches» lors de la première partie de l’audience au début du mois de mars à Saint-Valentin.

Sous-sol instable

D’autres critiques ont fait ressortir le fait que le promoteur aurait sous-estimé le problème de la solidité du sol. En effet, sous la couche de terre de surface, le sous-sol est très glaiseux et le promoteur a indiqué qu’au moins 19 des 25 éoliennes projetées devront être érigées sur des pieux qui devront descendre jusqu’au roc. Plusieurs craignent que la voûte de la nappe phréatique ne soit défoncée et que l’eau souterraine devienne polluée et non potable.

Valeur des propriétés

Un agent d’immeuble est venu dire que le marché de l’immobilier dans la région est maintenant menacé par le projet. Il a consulté plusieurs agents et tous disent la même chose: bien des gens veulent vendre parce qu’ils craignent la venue des éoliennes. Plusieurs acheteurs potentiels qui avaient démontré de l’intérêt pour des propriétés ont indiqué qu’ils attendraient la décision du gouvernement avant de déposer ou non une offre d’achat. Le promoteur d’un projet de condos de luxe à Saint-Paul aurait affirmé à des agents immobiliers que les ventes sont au point mort.

Le président de la Commission, Pierre André, a indiqué qu’il avait demandé au ministère des Affaires municipales de produire un rapport sur l’effet de la présence d’éoliennes sur la valeur des propriétés situées à proximité. À ce stade-ci du développement de l’éolien au Québec, c’est évidemment sur la situation en Gaspésie que l’étude va essentiellement porter. L’étude devrait être disponible autour de Pâques. On sait que le promoteur affirme que les éoliennes n’ont que très peu d’impact négatif sur la valeur des propriétés. De toute évidence, les opposants ne le croient pas.

Risques pour la santé

Au sujet des risques potentiels pour la santé, une pédiatre américaine, la Dre Nina Pierpont est venue affirmer, dans un mémoire de 120 pages, que de vivre à proximité d’éoliennes peut causer des problèmes allant de légers à graves à au moins 12% de la population. Elle a publié un livre à ce sujet, Wind Turbine Syndrome, dans lequel elle a échafaudée sa thèse du «syndrome éolien». Elle s’est fondée sur des entrevues téléphoniques avec dix familles, totalisant 38 personnes, vivant au Canada (5), en Europe (4) et aux États-Unis (1 famille). Selon elle, 18% des personnes de sexe féminin et 6% des personnes de sexe masculin auraient souffert de divers problèmes allant du sommeil perturbé, aux étourdissements, aux nausées, aux migraines et maux de tête, et aux pertes d’équilibre entre autres lorsqu’elles vivaient à des distances de 1000 à 1500 mètres d’éoliennes. Ces problèmes seraient causées par les basses fréquences, les infrasons, émises par les éoliennes, que très peu de personnes peuvent entendre. C’est pourquoi elle recommande une distance minimale de 2000 mètres entre des éoliennes et des maisons habitées.

Une médecin québécoise, Dre Francine Cotte, de la région Centre-du-Québec, est venue l’appuyer. Elle fait partie d’un groupe de 58 médecins québécois qui ont envoyé une pétition au gouvernement du Québec demandant d’interrompre tous les projets éoliens en cours et de retarder ceux qui sont projetés d’ici à ce que des études approfondies soient faites sur le sujet.

Mais voilà, la thèse de Dre Pierpont a été taillée en pièces par l’Association Canadienne des Médecins pour l’Environnement qui a affirmé que sa thèse n’a aucun fondement scientifique. Dans son mémoire, l’Association déclare: «Il n’y a pas, à notre avis et selon la documentation (scientifique et d’opinion) consultée, de lien direct démontré scientifiquement entre les éoliennes et un effet potentiel ou réel sur la santé dans la mesure où la règlementation actuelle est respectée.»

L’Association affirme que la thèse de Dre Pierpont n’a aucun fondement scientifique parce qu’elle a été développée uniquement à partir d’entrevues téléphoniques, sans consultation face-à-face avec les personnes concernées, et avec un échantillon beaucoup trop faible. Pour affirmer que les éoliennes représentent, ou ne représentent pas, un danger pour la santé, il faudrait une étude épidémiologique sur des centaines, voire des milliers de personnes vivant à proximité d’éoliennes.

L’Association dit qu’il n’y a actuellement que très peu de documents crédibles sur cette question. Trois études ont été citées, celle de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail, celle de l’Institut national de santé publique du Québec, et le Rapport du médecin hygiéniste en chef de l’Ontario. Ces études démontreraient «qu’il n’y a pas d’effet physiologique direct causé par les éoliennes, que ce soit par les infrasons, les champs électromagnétiques, le phénomène d’ombres mouvantes, ou par le bruit qu’elles produisent lorsque celui-ci est suffisamment bas pour ne pas causer de perturbation du sommeil.» Selon l’Association, des études réalisées en Suède et aux Pays-Bas  démontrent que la perception de nuisance est fortement reliée à l’attitude des gens par rapport au projet éolien.

Les terres agricoles

Le Syndicat de base l’UPA (Union des producteurs agricoles) de Lacolle et celui de Napieerville, de même que la Fédération de l’UPA Saint-Jean-Valleyfield, ont complètement démoli le projet de parc éolien de Saint-Valentin.

L’UPA a dit qu’il y a 10 ans, le territoire agricole occupait une superficie de 2% du Québec. Aujourd’hui, il en reste 1,8%. L’UPA craint que la réalisation éventuelle du projet de Saint-Valentin puisse être une invitation à d’autres promoteurs de parcs éoliens à venir s’installer dans la région: «À notre avis, ceci aurait pour conséquence de créer un effet d’entraînement désastreux sur notre territoire agricole déjà trop sollicité et très fragilisé.» Le parc éolien de Saint-Valentin occuperait 9 hectares de territoire agricole de catégories 1 et 2, soit parmi les meilleures au Québec. Cela peut sembler très peu mais, selon l’UPA, qui sait ce qui risque d’arriver à plus ou moins long terme?

Ces inquiétudes ont été rejetées du revers de la main par des producteurs agricoles qui ont signé pour accepter des éoliennes sur leurs terres. Quelques-uns sont venus affirmer que la terre excavée pour les fondations des éoliennes va pouvoir servir à remplir des fossés et des trous et donc agrandir l’espace cultivable sur leur ferme, ce qui sera positif pour eux.

Un groupe comme Équiterre est d’ailleurs venu appuyer ces affirmations en déclarant que le projet éolien de Saint-Valentin n’occupera qu’une parcelle infime du territoire agricole de la région et ne constituera, en aucune façon, une menace pour la vocation agricole de la région.

Mais d’autres ont exprimé des craintes d’un autre ordre, comme la profondeur à laquelle les câbles de 34 500 volts qui vont relier les éoliennes entre elles seront enfouis, soit entre 1,5 et 2 mètres. Des électriciens sont venus dire qu’en creusant pour réparer des drains souterrains, des agriculteurs pourraient risquer d’être électrocutés s’ils accrochent par accident ces câbles électriques.

Parlant d’électricité, beaucoup d’agriculteurs se sont dits furieux de la ligne électrique de 120 000 volts qui devra être construite entre le parc éolien de Saint-Valentin et la station d’Hydro-Québec à Napierville si le projet va de l’avant. Cette ligne d’environ 6 km et constituée d’une bonne vingtaine de pylônes, devra passer sur des terres agricoles de Saint-Cyprien-de-Napierville. Les propriétaires de ces terres se verront imposer une servitude obligatoire. Même s’ils seront compensés financement par Hydro-Québec, ils ne digèrent tout simplement pas la construction de cette infrastructure sur leurs terres.

Information et consultations

Beaucoup d’intervenants ont dit  avoir été très mal informés de la teneur du projet, et très peu consultés. Cela est revenu très souvent dans les mémoires. Même si le promoteur dit que depuis 2006, plus d’une cinquantaine d’activités d’information et de consultation ont été organisées avec les différents acteurs du milieu, la perception générale est que TCI d’abord, puis TransAlta ensuite, n’ont pas été si visibles que ça. Bien des gens ont fait remarquer que, sauf pour les trois journées «portes ouvertes» de mai 2007, juin 2008 et décembre 2010, il n’y a eu aucune rencontre pour le grand public.

Il y a évidemment eu beaucoup de rencontres avec les municipalités de Saint-Valentin, Saint-Blaise, Saint-Paul, Saint-Bernard et Saint-Cyprien, la MRC du Haut-Richelieu, la Chambre de commerce, les dirigeants du Festival de montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu, les syndicats de l’UPA, l’Office du Tourisme du Haut-Richelieu, les députés fédéraux et provinciaux, etc. Mais rien n’y fait, la perception populaire est que la population n’a pas été consultée ni suffisamment bien informée.

Les citoyens parlent

Ces audiences ont été un incroyable exercice de démocratie populaire. D’abord la première audience, du 8 au 11 mars, où le public (de 75 à plus de 200 personnes par séance) pouvait poser des questions au promoteur et autres intervenants d’entreprises et de ministères impliqués, puis celle du 4 au 7 avril, pour la lecture publique des mémoires. La très vaste majorité des mémoires présentés à la commission l’ont été par de simples citoyens. En fait, il n’y a pas eu plus de 20 organismes, regroupements, associations et municipalités à présenter des mémoires. Tout le reste, soit 66, l’ont été par des citoyens.

Il faudra quelques jours pour savoir qui a fait parvenir les 147 autres mémoires qui n’ont pas été lus en public lors de l’audience. On sait cependant que la municipalité de Saint-Valentin en a présenté un, mais on ne connaîtra sa teneur que d’ici une semaine environ.

Fait à remarquer, les audiences de lundi, mardi et mercredi soir ont attiré plus de 150 personnes chaque fois. Celles de mardi, mercredi et jeudi après-midi, entre 50 et 75 personnes. Elles provenaient de partout dans la région. Cela confirme ce que plusieurs maires soutiennent, soit que le projet de Saint-Valentin n’est pas juste le projet de Saint-Valentin mais bien celui de toute la région car les éoliennes, si elles sont construites, seront visibles de toutes les municipalités environnantes.

En prenant en compte le critère de «l’acceptabilité sociale», il a été clair, tout au long de l’audience, que celle-ci n’est vraiment pas au rendez-vous. Certains ont suggéré qu’il faudrait des référendums ou un grand sondage régional pour en avoir le coeur net. Cela n’est pas si simple, surtout dans le cas des référendums qui sont compliqués à organiser, coûtent cher, et ne seront pas nécessairement reconnus par le gouvernement provincial.

Après le public, la parole appartient maintenant au BAPE. Le président de la Commission d’enquête, Pierre André, et le commissaire Jean-François Longpré, vont éplucher les 233 mémoires ainsi que tous les documents techniques qui ont été remis à la Commission ces dernières semaines et ces derniers mois. Ils devront remettre leur rapport au ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Pierre Arcand, au plus tard le 20 juin. À partir de là, le ministre aura 60 jours pour le rendre public et trancher, en faveur ou non, du projet. Sa décision sera certes attendue avec impatience!


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  1. Bonjour,

    Très bon article M. Larochelle mais, une petite rectification et une précision.

    Rectification (facile à valider avec les autorités):
    La Municipalité de St Blaise-sur-Richelieu n’a jamais, été consultée par TransAlta au sujet du parc éolien de StValentin. Et celà a été dit au BAPE pour fin de rectification car TransAlta l’avait écrit dans ses études. La chargée de projet, Mme Turgeon, a alors répondu que malheureusement c’était TCI qui avait écrit cela et qu’elle c’était TransAlta. Alors il était difficile de faire le suivi. Cela promet.

    Précision: Le Dr Notaebert aurait dû assister au mémoire du Dre Pierpont. Il aurait appris que les études épidémiologiques sur les impacts des éoliennes sont presqu’impossible à faire sans que le gouvernement annule les clauses de silence qu’imposent les exploitants aux riverains d’éoliennes avec qui ils ont des ententes. Les riverains ne doivent pas parler des inconvénients qu’ils subissent. Dre Pierpont a eu l’intégrité de ne pas se servir de son titre de médecin pour donner son opinion sur le projet de St Valentin. Elle a livré le fruit de ses recherches, entérinées par des pairs. Le Dr Notaebert a, quant à lui, utilisé son titre de médecin pour faire de la politique et vendre sa salade perpétuelle anti-nucléaire, qui regarde très peu le Québec. De plus, il perd sa crédibilité lorsqu’on regarde les références de son mémoire déposé au BAPE projet St Valentin et que l’on constate qu’il se base sur des études commanditées par l’industrie éolienne (Robert MCCunney entre autre). Je crois que le BAPE ne sera pas dupe. Merci.