PORTAIL RÉGIONAL
PETITES ANNONCES
OFFRES D'EMPLOI
GUIDE 411
Actualité

En matière d’agriculture: «Les politiques traditionnelles sont un échec»

Mario Dumais a déjà travaillé comme économiste pour l'Union des producteurs agricoles. (Photo Jacques Paul)

L’économiste Mario Dumais vient de publier un article dans le bulletin d’information de l’Institut économique de Montréal qui risque de faire jaser. Cet homme bien connu dans le milieu agricole en arrive à la conclusion que les politiques agricoles traditionnelles sont un échec.

Ce titulaire d’une maîtrise en économie a travaillé comme économiste et comme directeur des publications à l’UPA. Il a aussi assumé les fonctions de secrétaire général de la Coopérative fédérée de Québec. Plus récemment, M. Dumais a siégé à la Commission sur l’avenir de l’agriculture.

Dans son article, M. Dumais rappelle que l’industrie agricole et agroalimentaire a reçu 7,9 milliards de dollars d’aide gouvernementale au Canada pour l’exercice 2008-2009, soit près de 31% du PIB du secteur. L’essentiel des interventions gouvernementales actuelles vise à accroître ou à stabiliser le revenu des agriculteurs par des subventions, des garanties de prix, des droits de douane, l’octroi de pouvoirs de monopoles, des subventions aux intrants, des réductions d’impôt, etc.

«Ces politiques, écrit-il, n’ont pas atteint leurs objectifs, mais cela ne signifie pas que les agriculteurs se trouvent en situation précaire. Au contraire, la valeur nette moyenne d’une ferme au Canada est de 1 281 098 $, une valeur qui s’est accrue de 74% en dollars réels en 15 ans. De plus, les enquêtes sur le revenu moyen des familles démontrent que les familles agricoles ont un revenu 15% plus élevé que la moyenne. Il est donc difficile de justifier que la société doive transférer des ressources vers le secteur agricole pour accroître ses revenus courants par des subventions. Malheureusement, en plus d’être inefficaces quant à leur objectif principal, les mesures mises en place pour accroître le revenu des agriculteurs génèrent en plus de nombreux dommages collatéraux.»

La gestion de l’offre
Concernant le système de gestion de l’offre, M. Dumais affirme que ce système fait en sorte que le prix des produits à la ferme dans les secteurs où il s’applique est l’un des plus élevés au monde. «Ces prix élevés et la rareté font augmenter la valeur des quotas que doit acquérir un entrepreneur, limitant du même coup les fonds disponibles pour réaliser des investissements productifs, note l’économiste. Au total, la valeur des quotas agricoles s’élevait à 30 milliards de dollars au Canada et à 9,9 milliards de dollars au Québec en 2009. Le quota pour une vache laitière vaut environ 25 000$. Pour une ferme laitière moyenne, la valeur des quotas s’élève donc à près de 1,4 M$.

«Pour maintenir ce système, ajoute-t-il, des tarifs douaniers doivent être mis en place. Ceux adoptés au moment de l’entrée en vigueur des accords de l’Uruguay s’élèvent encore aujourd’hui à des seuils très élevés, jusqu’à 298,5 % pour le beurre par exemple.»

Mise en marché collective
Concernant le système de mise en marché collective, M. Dumais est d’avis qu’à l’instar de tout monopole, il conduit à des abus qui nuisent aux consommateurs et, à long terme, aux producteurs eux-mêmes.

«Ce système introduit entre l’acheteur et les fournisseurs un intermédiaire qui fait en sorte que le produit d’un coopérateur n’est pas nécessairement livré à sa coopérative, ou qu’un producteur de porc qui possède un abattoir doit négocier durement, et quelques fois sans succès, pour que ses porcs soient livrés à son abattoir. Il introduit aussi un coût de production additionnel, soit les prélèvements pour financer les frais du système de mise en marché collective.

«Les agriculteurs, enchaîne-t-il, ont réussi à convaincre des gouvernements de leur octroyer ces pouvoirs monopolistiques en invoquant leur faiblesse face aux acheteurs de leurs produits. De nos jours, les agriculteurs peuvent toutefois participer, au moyen de coopératives ou d’autres types d’entreprises, à la commercialisation et à la transformation de leurs produits et c’est déjà souvent le cas. Les structures monopolistiques en place n’ont plus leur raison d’être et elles nuisent à la compétitivité du secteur.»

Assurance stabilisation
Concernant le programme d’assurance stabilisation, M. Dumais juge qu’il favorise certaines productions au détriment de d’autres. Ainsi, il défavorise les nouvelles productions qui, au moment de leur émergence, ne jouissent pas de ce programme. Il est de plus d’avis qu’il isole les producteurs des signaux émanant des marchés et les incite à maintenir des productions non viables économiquement.

Dans certaines productions, environ 50% du revenu brut des entreprises du secteur provient de l’indemnité versée par l’ASRA.

«D’autres aspects des politiques agricoles appliquées au Québec et au Canada méritent qu’on en fasse une analyse approfondie. Il est cependant possible de conclure que les programmes en vigueur visent de mauvaises cibles et ne parviennent même pas à les atteindre», de conclure Mario Dumais.


Réagissez

 

En matière d’agriculture: «Les politiques traditionnelles sont un échec»

Mario Dumais a déjà travaillé comme économiste pour l'Union des producteurs agricoles. (Photo Jacques Paul)

L’économiste Mario Dumais vient de publier un article dans le bulletin d’information de l’Institut économique de Montréal qui risque de faire jaser. Cet homme bien connu dans le milieu agricole en arrive à la conclusion que les politiques agricoles traditionnelles sont un échec.

Ce titulaire d’une maîtrise en économie a travaillé comme économiste et comme directeur des publications à l’UPA. Il a aussi assumé les fonctions de secrétaire général de la Coopérative fédérée de Québec. Plus récemment, M. Dumais a siégé à la Commission sur l’avenir de l’agriculture.

Dans son article, M. Dumais rappelle que l’industrie agricole et agroalimentaire a reçu 7,9 milliards de dollars d’aide gouvernementale au Canada pour l’exercice 2008-2009, soit près de 31% du PIB du secteur. L’essentiel des interventions gouvernementales actuelles vise à accroître ou à stabiliser le revenu des agriculteurs par des subventions, des garanties de prix, des droits de douane, l’octroi de pouvoirs de monopoles, des subventions aux intrants, des réductions d’impôt, etc.

«Ces politiques, écrit-il, n’ont pas atteint leurs objectifs, mais cela ne signifie pas que les agriculteurs se trouvent en situation précaire. Au contraire, la valeur nette moyenne d’une ferme au Canada est de 1 281 098 $, une valeur qui s’est accrue de 74% en dollars réels en 15 ans. De plus, les enquêtes sur le revenu moyen des familles démontrent que les familles agricoles ont un revenu 15% plus élevé que la moyenne. Il est donc difficile de justifier que la société doive transférer des ressources vers le secteur agricole pour accroître ses revenus courants par des subventions. Malheureusement, en plus d’être inefficaces quant à leur objectif principal, les mesures mises en place pour accroître le revenu des agriculteurs génèrent en plus de nombreux dommages collatéraux.»

La gestion de l’offre
Concernant le système de gestion de l’offre, M. Dumais affirme que ce système fait en sorte que le prix des produits à la ferme dans les secteurs où il s’applique est l’un des plus élevés au monde. «Ces prix élevés et la rareté font augmenter la valeur des quotas que doit acquérir un entrepreneur, limitant du même coup les fonds disponibles pour réaliser des investissements productifs, note l’économiste. Au total, la valeur des quotas agricoles s’élevait à 30 milliards de dollars au Canada et à 9,9 milliards de dollars au Québec en 2009. Le quota pour une vache laitière vaut environ 25 000$. Pour une ferme laitière moyenne, la valeur des quotas s’élève donc à près de 1,4 M$.

«Pour maintenir ce système, ajoute-t-il, des tarifs douaniers doivent être mis en place. Ceux adoptés au moment de l’entrée en vigueur des accords de l’Uruguay s’élèvent encore aujourd’hui à des seuils très élevés, jusqu’à 298,5 % pour le beurre par exemple.»

Mise en marché collective
Concernant le système de mise en marché collective, M. Dumais est d’avis qu’à l’instar de tout monopole, il conduit à des abus qui nuisent aux consommateurs et, à long terme, aux producteurs eux-mêmes.

«Ce système introduit entre l’acheteur et les fournisseurs un intermédiaire qui fait en sorte que le produit d’un coopérateur n’est pas nécessairement livré à sa coopérative, ou qu’un producteur de porc qui possède un abattoir doit négocier durement, et quelques fois sans succès, pour que ses porcs soient livrés à son abattoir. Il introduit aussi un coût de production additionnel, soit les prélèvements pour financer les frais du système de mise en marché collective.

«Les agriculteurs, enchaîne-t-il, ont réussi à convaincre des gouvernements de leur octroyer ces pouvoirs monopolistiques en invoquant leur faiblesse face aux acheteurs de leurs produits. De nos jours, les agriculteurs peuvent toutefois participer, au moyen de coopératives ou d’autres types d’entreprises, à la commercialisation et à la transformation de leurs produits et c’est déjà souvent le cas. Les structures monopolistiques en place n’ont plus leur raison d’être et elles nuisent à la compétitivité du secteur.»

Assurance stabilisation
Concernant le programme d’assurance stabilisation, M. Dumais juge qu’il favorise certaines productions au détriment de d’autres. Ainsi, il défavorise les nouvelles productions qui, au moment de leur émergence, ne jouissent pas de ce programme. Il est de plus d’avis qu’il isole les producteurs des signaux émanant des marchés et les incite à maintenir des productions non viables économiquement.

Dans certaines productions, environ 50% du revenu brut des entreprises du secteur provient de l’indemnité versée par l’ASRA.

«D’autres aspects des politiques agricoles appliquées au Québec et au Canada méritent qu’on en fasse une analyse approfondie. Il est cependant possible de conclure que les programmes en vigueur visent de mauvaises cibles et ne parviennent même pas à les atteindre», de conclure Mario Dumais.