Le clou Fassier-Duval et la vis sans nom
Pour cette chronique, j’hésitais : parler du budget et des défis auxquels notre société fait face ? Du détournement de médias causé par l’affaire Bellemarre ? des négociations de la fonction publique ?
Tous des sujets importants, mais l’enthousiasme n’y est pas. Sans doute la pluie annoncée pour la fin de semaine…
Alors vendredi matin, j’entends le Dr Laberge à la radio qui souligne avec enthousiasme les succès de l’Hôpital Shriners dans le traitement des enfants atteints d’ostéogénèse imparfaite. Cette maladie héréditaire (rare) fait en sorte que les os sont très fragiles, en raison d’une carence de collagène, une substance qui contribue à la structure de l’os. D’où son surnom de « maladie des os de verre ». Bref, un enfant atteint de cette maladie peut subir une fracture simplement du fait que vous le preniez par le bras. Le Dr Laberge souligne que souvent, les parents sont suspectés de brutalité lorsqu’ils arrivent à l’urgence avec un bébé qui présente des fractures multiples. Jusqu’à l’établissement du diagnostic, malheureusement pas toujours facile.
Donc, les os cassent, se fêlent, et reprennent comme ils peuvent : les membres présentent une courbure caractéristique, parce que les os se sont brisés à de multiples endroits. Triste histoire. On songe aux parents, et on n’ose pas trop penser aux enfants qui en sont atteints.
Mais la science comme toujours, fait de son mieux. Pour donner une structure aux os, il existe différentes techniques, dont la pose d’un clou à l’intérieur de l’os. Je ne sais pas pour vous, mais l’enthousiasme que devrait soulever ce type de solutions est toujours freiné par une partie de mon imagination, qui tente de visualiser comment exactement la science pourra insérer un clou à l’intérieur d’un fémur brisé à trois endroits. Surtout si le fémur est celui d’un petit bonhomme d’à peine quelques mois. On opère à compter de 18 mois, si j’ai bien saisi. Quand le désir de marcher est plus fort que celui de ne pas se rompre les os.
Mécaniquement, l’idée fait du sens. C’est comme un tuteur intérieur. Mais le hic, c’est qu’un enfant (comme un arbre), çà pousse. Pas de problème, Dubow et Bailey ont inventé un clou télescopique en 1963. Le clou a la capacité de s’allonger avec la croissance de l’os. Mais on doit ouvrir le genou pour l’insérer, et la partie du haut a tendance à ressortir à la suite des chocs répétés associés à la marche. Un taux de complications de l’ordre de 50 %.
Le Dr Fassier croit qu’on peut améliorer ce clou. Il consulte d’autres collègues, dont le Dr Pierre Duval de l’Hôpital Brome-Missisquoi Perkins. Ce dernier est ingénieur, en plus d’être chirurgien orthopédiste. De leur travail résulte un nouveau clou télescopique, qui se nomme Fassier-Duval. Il peut s’insérer sans ouvrir l’articulation, et la fixation dans le haut de l’os est améliorée. Introduit en 2000, le clou Fassier-Duval présente un taux de complications réduit à 17 %, et des enfants de partout sur la planète viennent pour une intervention à l’Hôpital Shriners en raison de leur expertise, et de leur clou.
L’entreprise Péga-Médical a décidé de commercialiser le clou télescopique, bien que le marché auquel il est destiné soit très limité. Chapeau.
Personnellement, je porte une vis sans nom dans la cheville, posée par le Dr Duval. J’ai beaucoup d’admiration pour cet homme que je connais fort peu, mais qui répare et reconstruit avec empathie et bonne humeur. En plus, il fait progresser la science ! Voilà un bon exemple de ce qu’une société axée sur la connaissance, la compassion et la technologie peut apporter. Félicitations !


