21 avril 2010

Le clou Fassier-Duval et la vis sans nom

Par Robert Champoux @ 9 h 53 min — Classé dans : Actualité

Le clou Fassier-Duval et la vis sans nom  

Pour cette chronique, j’hésitais : parler du budget et des défis auxquels notre société fait face ? Du détournement de médias causé par l’affaire Bellemarre ? des négociations de la fonction publique ?

Tous des sujets importants, mais l’enthousiasme n’y est pas. Sans doute la pluie annoncée pour la fin de semaine…

Alors vendredi matin, j’entends le Dr Laberge à la radio qui souligne avec enthousiasme les succès de l’Hôpital Shriners dans le traitement des enfants atteints d’ostéogénèse imparfaite. Cette maladie héréditaire (rare) fait en sorte que les os sont très fragiles, en raison d’une carence de collagène, une substance qui contribue à la structure de l’os. D’où son surnom de « maladie des os de verre ». Bref, un enfant atteint de cette maladie peut subir une fracture simplement du fait que vous le preniez par le bras. Le Dr Laberge souligne que souvent, les parents sont suspectés de brutalité lorsqu’ils arrivent à l’urgence avec un bébé qui présente des fractures multiples. Jusqu’à l’établissement du diagnostic, malheureusement pas toujours facile.

Donc, les os cassent, se fêlent, et reprennent comme ils peuvent : les membres présentent une courbure caractéristique, parce que les os se sont brisés à de multiples endroits. Triste histoire. On songe aux parents, et on n’ose pas trop penser aux enfants qui en sont atteints.

Mais la science comme toujours, fait de son mieux. Pour donner une structure aux os, il existe différentes techniques, dont la pose d’un clou à l’intérieur de l’os. Je ne sais pas pour vous, mais l’enthousiasme que devrait soulever ce type de solutions est toujours freiné par une partie de mon imagination, qui tente de visualiser comment exactement la science pourra insérer un clou à l’intérieur d’un fémur brisé à trois endroits. Surtout si le fémur est celui d’un petit bonhomme d’à peine quelques mois. On opère à compter de 18 mois, si j’ai bien saisi. Quand le désir de marcher est plus fort que celui de ne pas se rompre les os.

Mécaniquement, l’idée fait du sens. C’est comme un tuteur intérieur. Mais le hic, c’est qu’un enfant (comme un arbre), çà pousse. Pas de problème, Dubow et Bailey ont inventé un clou télescopique en 1963. Le clou a la capacité de s’allonger avec la croissance de l’os. Mais on doit ouvrir le genou pour l’insérer, et la partie du haut a tendance à ressortir à la suite des chocs répétés associés à la marche. Un taux de complications de l’ordre de 50 %.

Le Dr Fassier croit qu’on peut améliorer ce clou. Il consulte d’autres collègues, dont le Dr Pierre Duval de l’Hôpital Brome-Missisquoi Perkins. Ce dernier est ingénieur, en plus d’être chirurgien orthopédiste. De leur travail résulte un nouveau clou télescopique, qui se nomme Fassier-Duval. Il peut s’insérer sans ouvrir l’articulation, et la fixation dans le haut de l’os est améliorée. Introduit en 2000, le clou Fassier-Duval présente un taux de complications réduit à 17 %, et des enfants de partout sur la planète viennent pour une intervention à l’Hôpital Shriners en raison de leur expertise, et de leur clou.

L’entreprise Péga-Médical a décidé de commercialiser le clou télescopique, bien que le marché auquel il est destiné soit très limité. Chapeau.

Personnellement, je porte une vis sans nom dans la cheville, posée par le Dr Duval. J’ai beaucoup d’admiration pour cet homme que je connais fort peu, mais qui répare et reconstruit avec empathie et bonne humeur. En plus, il fait progresser la science ! Voilà un bon exemple de ce qu’une société axée sur la connaissance, la compassion et la technologie peut apporter. Félicitations !



7 avril 2010

Les trous noirs

Par Robert Champoux @ 9 h 51 min — Classé dans : Actualité

Les trous noirs

J’ai une nièce qui vit près d’un trou noir.

Non seulement j’ai parfois l’impression qu’elle vit dans une autre section de l’univers, mais en plus cette section est dangereusement proche d’un trou noir. Bien que je ne puisse pas le voir (c’est un critère pour les trous noirs, comme pour bien d’autres choses: on doit y croire même si on ne le voit pas), j’ai la preuve de son existence parce que j’en constate les effets.

Tenez, l’autre jour, son foulard a disparu. « T’sais mon grand foulard, là, celui avec des trous !? ». Branle-bas dans la maison.  On se met à la recherche du foulard dont la principale caractéristique est d’afficher quelques trous. Pour ma part, j’aurais plutôt mentionné qu’il s’agit du long foulard bleu marin qui fait plus de six pieds, mais bon, c’est sans doute plus facile de chercher un foulard avec des trous. Du moins dans la section de l’univers où habite ma nièce.

Pas de foulard…

On a pu voir comme une nébuleuse passer dans le regard de ma nièce. « Pas grave, je finirai bien par le retrouver… »

Le lendemain, ma femme me mentionne que notre nièce ne trouve plus ses bracelets. De mon côté, il me manque un bas. Décidément…

La chose devint sérieuse, et nous devons en discuter.

Notre trou noir à nous est à une distance relativement raisonnable, et avec un minimum de prudence, nos pertes sont modestes : un bas occasionnel, un ou deux petits jouets (souvent les petites autos), Toutou Doux et le portefeuille de ma femme. Mais notre trou noir à nous est bien configuré : bien que les scientifiques en soient encore à échafauder plusieurs théories, nous avons la certitude que les trous noirs sont une extrémité d’un tunnel qui aboutit ailleurs (je crois qu’ils appellent cela un «Wormhole ») et cet ailleurs est tout près de chez nous. Donc dans notre espace-temps, la distance entre l’entrée du trou noir et sa sortie au bout du tunnel est relativement courte. C’est la dimension temps qui reste souvent énigmatique.

Ainsi, après un certain temps (parfois des mois!), il nous arrive de voir apparaître un objet cher disparu depuis longtemps : « J’ai trouvé mon bas ! » - Il était où ? « Dans la salle de lavage ! Pourtant j’avais regardé ! ».

Mais le trou noir de notre nièce présente une configuration différente. 

Et encore une fois, ma femme a eu un éclair de génie. (Il faut dire qu’elle a elle-même une vaste expérience du trou noir, qui a une grande force d’attraction sur son portefeuille, ses lunettes et ses clés…).

Lorsque ma nièce revient à la maison, ma femme lui demande de regarder dans sa voiture. Et miracle, le foulard bleu marin de six pieds avec des trous se trouve sous la banquette avant. Nous ajoutons donc notre modeste contribution à la science : l’extrémité cachée du trou noir est mobile, et le « Wormhole » peut se déplacer dans l’espace-temps.

Et les bracelets, me direz-vous ? Et bien dans ce cas, il s’agit d’un trou de mémoire. Je les avais ramassés dans le lavabo et placés dans le porte-journaux.  Mais c’est une autre histoire…