C’était ma première fois. Pour eux aussi, c’était leur première fois. Mathieu, Stéphane, Élisa et Evelyne. Vendredi dernier, aux aurores, notre escadron de Top Guns a quitté le plancher des vaches pour explorer le ciel…
Il faisait noir quand les Top Guns sont sortis du lit. Quatre heures du mat! Pour un vendredi, il fallait que ça vaille la peine. On se rejoint tous à 5h au journal… Evelyne est en retard. (On s’y attendait pas!)
Entassés dans le mini-van de notre photographe Jacques Jaillet, on se rend à St-Hacinthe pour rejoindre nos instructeurs et leurs bolides. D’ailleurs, c’est grâce à Jacques si on tente le coup. Il possède lui-même un ultra-léger pendulaire et une formation d’instructeur.
En chemin…
- (Moi) Ouf! C’est sûr que ça va être difficile, c’est pas comme si au moins y avait une boîte autour… là on est directement dans le ciel… dans le vide.
- (Elisa) Hein? Comment ça y a rien autour? C’est pas un avion?
- (Moi) Bin non! T’as pas vu les photos. C’est comme E.T. dans le film. En fait, c’est un delta-plane avec un petit bogey à moteur en dessous…
- (Elisa) …
Hihihi! Vous auriez dû lui voir la face! C’est pas ma faute, c’est Mathieu qui a tout organisé et qui ne lui a pas dit… “Je t’ai pas envoyé les photos sinon tu serais pas venue”, répond le coupable.
Enfin, on arrive. La piste est magnifique dans la pénombre du petit matin. On rencontre Pierre, Normand, Guillaume et Martin, qui avec Jacques seront nos pilotes. Ce sont les instructeurs de l’école de pilotage Rou-Air.
On enfile les jambières, plusieurs manteaux, mitaines et cagoules et la tension monte. Prêt pour le départ… ou presque….
Mon petit bolide y part pas! Pas de problème, Pierre sort les câbles à booster. On règle le tout… ou presque…
Plus de freins! Bon. À quatre pattes j’aide Pierre à rafistoler le petit câble d’acier… Avant même d’avoir volé, je sais réparer des freins d’ultra-léger. Bonne chose de faite, on y va.
…
Wow!
Décollage en douceur, ultra léger (jeu de mot à la Éric Patenaude!). Aucune crainte, on flotte. Ok, je sers un peu fort le siège devant moi, mais je relâche tranquillement…
Mon baptême de l’air est magique et Pierre, mon pilote, s’assure que mon voyage soit parfait et bien rempli!
On commence par monter bien haut pour admirer le paysage entre St-Hyacinthe et Bromont, où on se dirige. Le soleil se lève derrière les montagnes, on reconnaît les villages, les rivières, les monts.
À ce moment-là j’essaie de ne pas trop réfléchir et profiter du moment exceptionnel. Quelques pensées m’obsèdent tout de même. “Bordel qu’on est insignifiant!” En voilà une…
L’Homme et ses bebelles sont tellement minuscules vus du ciel. Je comprends très bien pourquoi les oiseaux volent si haut… ils se foutent de notre gueule et ils ont bien raison!
Ça donne un sacré coup de pied à l’orgueil et si ça pouvait faire comprendre des choses à certains je vote pour la nationalisation de l’ultra-léger.
Tout d’un coup je sors de ma bulle. On plonge vers un champ. Je vois que le sol approche. Il veut peut-être atterrir ici?
À la dernière seconde, j’aperçois un banc d’oies. À une cinquantaine de mètres, elles s’envolent et on les suit. On y arrive presque, on vole avec les oiseaux! Pour vrai!
Voilà. Le reste du voyage en accéléré: atterrissage à Bromont, déjeuner, redécollage, retour dans le ciel, atterrissage à St-Hyacinthe… et en un peu plus d’une heure s’en était fait.
Dans le mini-van du retour… on a encore la tête dans le ciel. Sonnerie de téléphone, c’est l’Express.
-Salut Caroline Rioux!
-Allô Ugo, es-tu encore dans les airs?
-Haha! Non, on arrive.
-Parfait, il faut que t’ailles au Granbyen à 11h30 pour une conférence de presse.
Il est 11h20… bon retour sur terre.


