11 novembre 2008

Un jour pour se souvenir

Par Ugo Giguère @ 13 h 52 min — Classé dans : Histoire

Si le bonheur de vivre en paix a un prix, c’est peut-être celui du sacrifice.  Plusieurs ont dû se battre. Première, Deuxième, Corée, Afghanistan. Qui sait? Grâce à eux, peut-être, notre quotidien est-il plus beau…

Route cahoteuse d’un chemin de campagne. Des champs de chaque côtés. Un couloir isolé par les arbres et les hautes herbes. La vieille bagnole que je dirige d’une main insouciante tangue au rythme des cratères. Fenêtre baissée, soleil de plomb, rien à signaler.

Coup d’oeil au rétro, une camionnette s’approche à un train d’enfer. Si je n’accélère pas je l’aurai aux fesses avant même d’y penser. Pression sur la pédale, l’aiguille quitte le 70 pour le 80.

Le gros tout-terrain se rapproche encore, il est vert, vert de guerre. Un véhicule militaire. J’appuie, 90 au compteur.

Il fonce sur moi. Un boulet qui me pourchasse à grandes gorgées de pétrole. Il me traque. La tension commence à grimper. Je suis sa proie.

95, 100, le moteur gronde, le vent souffle fort et la route mutilée n’aide en rien la fuite. On jurerait que des bombardements lui sont passés sur le corps. Les nerfs à vifs, les doigts roulés serrés sur le volant je roule pour survivre.

Si j’avais été réalisateur, j’aurais fait un gros plan sur ma tempe, pour saisir en pleine action la goutte de sueur qui s’apprête à dévaler la pente de mon visage. Je la sens glisser, chatouilleuse, et mourir sur les poils hirsutes de ma barbe négligée.

Le stress monte en flèche.

Un oeil fixé bien droit sur l’horizon et l’autre sur le miroir. Il n’abandonnera pas. Je ne m’en sortirai pas. Sa machine à tuer est plus puissante, il roule plus vite que moi.

Je vois maintenant son visage rivé sur mon pare-choc. Le sien monopolise maintenant toute la surface de mon rétroviseur.

J’ai envie de crier, j’ai envie de pleurer. «JE SUIS CANADIEN, JE SUIS QUÉBÉCOIS!»
Je pense à ma famille, mes amis. Je vois la mort, je n’attend que cela. «Allez-y!»

Pas de coups de feu, pas d’explosion. Rien.

À la radio on discute de Madonna et du prochain match de hockey. Un panneau indique «50 km/h maximum», je lâche tout. Au bout d’une courbe j’aperçois une salle de quille, une petite ville tranquille.

Une affiche dit «Bienvenue à Farnham», une autre indique «Camp militaire».
La guerre a épargné notre chez nous, notre Québec, notre Canada, mais pas tous les Canadiens.

Le 11e jour du 11e mois, ainsi que tous les autres jours de tous les autres mois.

Souvenons-nous.



7 août 2008

8-8-08, un mauvais jour

Par Ugo Giguère @ 12 h 59 min — Classé dans : Histoire

Qu’est-ce qu’il y a le huit du huit deux-mille-huit? Oui, plein de mariages kétaines. Oui, beaucoup de joueurs naïfs dans les casinos. Mais encore? AH! L’ouverture des Jeux olympiques de Pékin. Voilà.

Mauvaise idée.

Bon, vous allez me dire: «Bin oui, c’est une bonne idée, c’est un jour chanceux!» Ou pire encore: «Bin oui, c’est une bonne idée, on va s’en souvenir!» Hiiiiiiiiin. Erreur.

Non, le 8 août n’est pas un jour chanceux et re-non on ne s’en souviendra pas. Pourquoi?

Le 8 août est d’ores et déjà une grande, que dis-je, une TRÈS grande date dans l’histoire de l’humanité. Vous ne vous en souveniez-pas hein? En voici quelques unes…

1876: Thomas Edison invente le fax.

1961: Naissance de David Howell Evans, surnommé “The Edge”, guitariste de U2.

1981: Naissance de Roger Federer.

Qu’est-ce que je vous disais! Quoi? Ce n’est pas assez? Pas de problèmes, mais je vous aurai averti…

Le 8 août 1988, en Birmanie, appelé aussi le Myanmar, le gouvernement totalitaire réprimait une grève générale dans la capitale de Rangoon. Impossible de chiffrer le nombre de morts, que certains estiment à 10 000, mais les corps ont été incinérés par milliers, transportés par camions comme du bétail.

Une masse de paysans, étudiants, moines, hommes d’affaires et écoliers scandait des slogans afin de promouvoir la démocratie. On leur a répondu par la force des mitrailleuses et la pointe des baïonnettes. Médecins, infirmières et volontaires de la Croix-Rouge qui tentaient de leur porter secours ont aussi été exécutés.

Probablement qu’il y a 20 ans de nombreux groupes ont manifesté. Probablement que de nombreux discours ont été prononcés et probablement qu’on s’est dit qu’on allait jamais oublier… et pourtant!

Si je peux me permettre un parallèle, dîtes-vous que le Myanmar est isolé et qu’il mène sa barque dans l’ombre, à l’insu du reste du monde. Un peu comme la Chine.

L’empire du milieu est un grand mystère, un lieu ou l’homme et ses droits fondamentaux ne pèsent pas très lourds dans la balance. Lorsque vous serez envoûté par la grandeur et la beauté des cérémonies d’ouverture des J.O. de Pékin, ainsi que de tout le reste… Ayez une petite pensée pour ces «disparus» qui n’ont commis comme seul crime que d’avoir une opinion.

P.S.: Le 8 du 8 1988, c’est aussi l’anniversaire du décès de Félix Leclerc. Vous en souveniez-vous?



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